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Edition 2009-07-29 02:22:05
+ 52° à l\'ombre

Deux jours de « repos », c’est peu et c’est beaucoup. Pas assez car quand nous nous arrêtons il y a des dizaines de choses à faire (du genre laver la moto, y faire un peu d’entretien, écrire une newsletter, trier des photos, exporter un peu de cuisine provençale…) et assez car l’envie de voir toujours autre chose est plus forte que la fatigue. Et là, en l’occurrence, c’est le Parc National Yosemite qui nous attend. Enfin, il nous attend, façon de parler. Car nous nous trouvons encore avec des milliers d’autres « invités ». Nous revoilà à chercher un camping à l’extérieur du parc car à l’intérieur tous sont complets. Le parc est situé en plein cœur de la Sierra Nevada. Celle-ci, s’étant élevée grâce aux rencontres des deux plaques tectoniques quelques « mètres » en dessous, est constellée de dômes de granite plus ou moins grands. Et nous allons vite comprendre pourquoi tant de monde s’y presse. Cascades et rivières, forêts, dômes, falaises (comme El Capitan, une paroi abrupte de 900 mètres de haut), sans oublier la faune se concentrent dans une vallée en offrant un paysage unique. Il n’y a qu’un truc, pour l’apprécier à sa juste valeur: il faut faire abstraction des autres.
Pour cela il suffit de s’éloigner un peu de ce centre névralgique en empruntant quelques routes qui nous mènent par exemple au sommet d’une montagne voisine en nous permettant de découvrir tout cela avec un peu plus de hauteur. Mais encore une fois, cette surpopulation et les prix pratiqués dans le parc nous font fuir assez rapidement.
Alors que nous sortons d’un parking pour quitter les lieux, tout à coup un ours bondit devant la moto. Sorti de je ne sais où, affolé par tant de monde et ces drôles de choses métalliques à quatre roues, il traverse l’endroit en courant pour s’arrêter net sur le trottoir et s’y mettre debout. En fait c’est une femelle et son petit court derrière. Rassurée en le voyant, elle repart, avec cette fois une horde de touristes à ses trousses. Pourtant, nulle envie de faire une photo de cette pauvre bête. Au nom de sa soit disant sécurité, les hommes lui imposent de vivre avec une grosse étiquette pendue à l’oreille et un collier énorme. Le tout d’un beau jaune fluo et en plastique qui paraît autant confortable qu’une camisole de force… A se demander, si des fois, les animaux dans les zoos ne sont pas mieux lotis...
Une route traverse le parc d’Est en Ouest. En quittant cette vallée, nous pensions pouvoir rouler à une moyenne plus normale. Rouler ici à moto est un vrai régal (en ayant toutefois toujours à l’esprit qu’un animal peu traverser à tout moment). Mais quand on aime un peu faire des photos, c’est le genre d’endroit qui devient un calvaire. De lacs en points de vue, en forêt de séquoias les arrêts se succèdent à une cadence plus élevée que notre moyenne de déplacement. Cela se vérifiera encore plus loin, mais dans les parcs, les plus belles choses ne sont certainement pas où il y a le plus de monde. Avec tout cela, nous arrivons assez tard au bord du lac Mono. Nous pensions être plus au sud pour traverser la Vallée de la Mort le lendemain…
Ce sera finalement très bien comme cela. Dans le voyage, il y a les choses prévues et les imprévues. Et cette fois, les imprévues, ce sont la ville fantôme de Bodie et les rives du lac Mono.
La première, née à la suite de la découverte d’or, est située à une cinquantaine de kilomètres au nord du lac. Il fallait avoir une sacrée dose de courage, en 1859 pour s’aventurer dans cette région aride avec seulement quelques mules et le minimum vital pour survivre à des températures extrêmes aussi bien l’été que l’hiver. A cette époque, pas de route, pas de bar qui proposent des boissons fraîches tous les cinquante kilomètres et pas de chasse-neige pour dégager les chemins l’hiver… Ils ne pouvaient compter que sur eux-mêmes. Et une fois le filon trouvé, il fallait résister à la vague de chercheurs avides qui déferlaient sur la région à la vitesse d’une diligence de la Wells Fargo. En l’occurrence, Waterman S. Body, qui a découvert la première pépite de Bodie est mort dans la misère totale. Il n’avait pas prévu cette arrivée massive et du coup, il n’a pas clôturé de barbelés les lieux de sa découverte. Il suffisait de cela pour qu’il soit chez lui. Les autres, opportunistes, ne lui on laissé aucune chance. Comme bien d’autres, la ville a été désertée une fois le filon tarit. Un enfant qui jouait avec le feu a précipité cet exode en faisant bruler 90 % de la ville… Il en reste un joli village au milieu des collines et au pied des mines. Le tout est protégé par un parc d’Etat et se visite comme un château de la Loire chez nous. C’est simplement leur patrimoine historique, datant d’une centaine d’années.
Le retour sur les berges du lac Mono réserve quelques surprises. Ce dernier est cerné d’une multitude de petits cratères et ses rives sont hérissées de dentelles de tuf qui donnent à l’endroit un air de décor pour film de science-fiction. Il est facile de s’imaginer sur une autre planète. L’eau du lac est salée. Une race de mouche vit ici. De longues nappes noires longent la rive. Ce sont les mouches alcalines qui se reproduisent ici par trillions. Les oiseaux migrateurs ont bien conscience qu’il y a là un vrai garde manger et font escale ici par millions chaque année pour se restaurer pendant leur voyage.
Mais l’heure tourne et il nous faut rouler un peu si nous voulons être à Las Vegas demain.
On nous a prévenus : 52° à l’ombre. Mais l’ombre, vous pouvez toujours la chercher, il n’y en a pas dans la Vallée de la Mort.
Pour la première fois du voyage, nous mettons le réveil. 5h00 du mat’. Sur la moto, environ douze litres d’eau, un peu de victuailles et le plein fait.
La descente vers le fond de la vallée est assez vertigineuse. Nous plongeons d’environ 1300 mètres d’altitude à moins 24 mètres au dessous du niveau de la mer. Juste le temps d’admirer les belles dunes qui tapissent une partie du fond de la vallée au moment où le soleil apparait en créant des ombres aux courbes majestueuses et nous quittons cet endroit qui va vite devenir un enfer à motards. A 10h00 nous sommes à Beatty, coté Est de la vallée et dans le Nevada.
Il ne reste que 200 kilomètres de route rectiligne et bordée de « forêts » d’arbres de Joshua pour arriver à Las Vegas. Là, il est temps de se réfugier dans un de ces grands restaurants surmontés de magnifiques arches aux couleurs or. La classe ! A la température agréable que procure la clim, en sirotant une boisson fraiche et gazeuse, un « steak » dans deux tranches de « pain » (le nec plus ultra de la cuisine américaine), on se dit que finalement, ce n’était pas si terrible cette Vallée de la Mort. Bon, il faut dire, nous avons assuré.
C’est finalement en cherchant à se loger à Las Vegas que nous allons avoir un gros coup de chaud. Les temps d’arrêt interminables aux feux tricolores ajoutés à notre équipement, nous nous déshydratons très vite. Nous avons juste le temps de nous réfugier dans une station service et d’y avaler une boisson énergétique. On ne se rend pas compte, et quand le malaise arrive, tout va très vite. Une demi-heure à la fraicheur de la clim et tout va mieux. Cette fois, nous avons eu très chaud !
Las Vegas. Ville en constante évolution. Un chantier permanent. Les casinos vivent et meurent très vite. La concurrence délirante oblige à toujours plus. Décors et spectacles pour attirer joueurs et touristes rivalisent d’imagination. Mais c’est la nuit venue, quand tout s’illumine que l’on peut percevoir l’ampleur de ce délire de lumière. Il suffit de traverser le « strip » pour passer de New-York à Paris, d’embarquer dans une gondole pour se balader sur un canal de Venise en entendant chanter « ô Sole mio !... ». Fremont Bd, l’ancien cœur de la ville est recouvert d’une voûte sur laquelle, à intervalles réguliers, défile un spectacle de lumière dans une ambiance de fête à ne pas manquer.
Des cascades d’eau, des pelouses d’un vert irréprochable qui ferait mourir d’envie n’importe quel responsable d’espace vert…
Tout cela fait vite oublier que nous sommes au milieu d’un désert et que les vastes lotissements qui ont poussés autour de la ville aident à assécher un peu plus vite ce qui reste du Colorado à quelques kilomètres d’ici.
Le nombre considérable de SDF, de mexicains qui occupent des sous emplois, la prostitution… font prendre conscience de l’envers du décor qui n’est pas lumineux pour tout le monde.
En route vers d’autres horizons. Il nous faut traverser un petit bout de l’Arizona pour rejoindre le sud de l’Utah où nous voulons visiter encore quelques parcs nationaux.
La nature, quand elle s’est occupée de ces deux Etats, a dû se mélanger un peu les pinceaux et renverser ses pots des plus belles couleurs. D’un coup de colère accompagné d’un grand coup de pied donné au sol, sont nés des canyons, des arches, des rochers aux formes et aux couleurs invraisemblables. Un vrai délire largement digne de celui de Las Vegas, mais naturel cette fois. Et le voyage continu. Après avoir traversé ce petit bout d’Arizona où pour notre plus grand plaisir la route emprunte le fond d’un canyon, nous voilà à Zion National Parc. Encore un canyon comme on en trouve qu’ici. Mais un monde !!! Heureusement, un système de navette permet de visiter le canyon sans son véhicule. Mais encore une fois, c’est en dehors de ces falaises au rouge vif et de cette marée humaine que se révèlent les plus beaux trésors du parc. La surpopulation, peut, de temps à autres, révéler d’agréables rencontres. Tel Ara qui sillonne les USA au guidon de son side-car en compagnie de son chien Spirit. Lui aussi va vite fuir les lieux ; son rapport à la nature ne correspondant pas du tout à ce qui nous est proposé dans les parcs nationaux.
En traversant quelques sites sortis d’une bande dessinée de science fiction, la route nous mène à Bryce Canyon, dernière étape de notre balade en Utah. Que dire de ces forêts de colonnes ocres surplombées de cette falaise qui culmine à plus de 2700 mètres d’altitude ? Tout simplement rien, c’est indescriptible…
Nous revoilà en Arizona. Au bord du lac Powel cette fois. A Page plus exactement. Ce ne devait être qu’une étape pour la nuit. Horseshoe et Antelope canyon vont nous y retenir un peu plus. Horseshoe, encore un méandre que décrit le Colorado au milieu d’un paysage minéral. C’est du haut des falaises que le site prend toute sa dimension. On se sent tout petit face à ce spectacle. En bas, l’eau aux reflets verts coule paisiblement. Au sommet de la falaise, nous sommes comme des fourmis grillées dans une poêle à frire. Visite matinale préférable.
Antelope canyon. Parc géré par les indiens Navajos (nous sommes au cœur de leur territoire). Un canyon très étroit (deux personnes ne peuvent se croiser à certains endroits) et très profond taillé dans du sable fossilisé aux couches multicolores regroupant toutes les variantes des ocres (encore !).
Le moteur de la moto ronronne doucement en franchissant les longues lignes droites rectilignes qui nous mènent à Monument Valley où nous avons rendez vous avec une mémorable tempête de sable. Alors que nous avons planté la tente dans ce lieu légendaire, face aux mesas qui ont vu passer John Ford, John Wayne ou Charles Bronson, nous y passons une nuit presque blanche à nous battre contre le vent et le sable qui semblent vouloir nous déloger au plus tôt de cette terre sacrée des Navajos. Qu’à cela ne tienne, roulons encore un peu vers l’Est, et il n’y a qu’à se laisser guider par la route pour découvrir les plus beaux points de vue du Canyon de Chelly. Après y avoir vu pics rocheux et vieux villages indiens s’élever sur un fond de canyon tapissé d’herbe verte, nous nous laissons glisser à nouveau vers la fameuse Route 66 afin de nous laisser transporter doucement vers Los Angeles et la côte Pacifique.

Ce sera notre dernière étape vers le Mexique. Le voyage va changer de rythme très prochainement. Nous ne manquerons pas l’occasion de vous en parler bientôt.


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