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Edition 2009-07-29 02:30:04
... chez les incas

Le contraste est saisissant entre les deux pays. Des montagnes abruptes et verdoyantes de l’Equateur, nous passons à un paysage plat et aride. Si les formalités d’entrée au Pérou ont été rapides, un problème subsiste. Ici, l’assurance de la moto est obligatoire. Dans tous les pays où c’est le cas, il est possible d’obtenir un contrat pour une courte durée à la frontière. Ici, rien. Il nous faut aller à la première ville pour essayer de trouver un assureur. Et la première ville, Sullana, ne donne pas envie de s’arrêter. Ordures le long de la route, puanteur persistante, route défoncée… Nous continuons donc jusqu’à Piura. Là, dès que nous entrons dans la ville, c’est « Mad Max ». Délire de klaxons et le moindre centimètre sur la chaussée est convoité par les automobilistes suivants qui n’hésiteraient pas à nous pousser si jamais nous laissions quelques centimètres libres entre la moto et la voiture qui nous précède. Le plus grave, c’est qu’il nous faut trouver une assurance au plus tôt, les policiers qui connaissent le problème nous attendent le long de la Panaméricaine.
Mais voilà ! Nous sommes samedi et la plupart des bureaux d’assurance sont fermés. Nous allons gaspiller notre temps pour essayer de trouver une solution. Celle-ci viendra tardivement, alors que la journée est « foutue ». Nous allons dans un commissariat de police afin de faire une déclaration de perte de nos documents d’assurance… Moyennant quelques petits dollars, nous obtenons notre déclaration de perte couverte de tampons on ne peut plus officiels. Nous verrons bien par la suite… Cela nous donne quelques jours pour trouver une solution. Nous fuyons cette ville horrible en direction du sud, en espérant trouver plus de quiétude. La traversée du petit désert de Sechura au Nord Ouest du pays va nous apporter un peu de tranquillité. Grandes étendues arides entrecoupées de champs de maïs ou de canne à sucre qui ont tant besoin d’eau… De temps à autres de petites dunes bordent la route en essayant parfois de la traverser. Nous ne sommes pas très loin de la côte Pacifique et il y a beaucoup de similitudes avec la route qui traverse le Nord de la Mauritanie. Le soir, nous avons l’impression d’avoir passé une journée en Afrique. Seule, la ville de Trujillo et son tumulte nous rappelle que nous sommes en Amérique du Sud. Cette étape à Trujillo aurait put être agréable si, comme nous l’avions prévu, nous avions passé notre temps entre entretien de la moto et visites des sites archéologiques voisins. Mais cette histoire d’assurance nous vampirise notre temps et notre énergie. Il va nous falloir la journée et une grosse colère pour obtenir les précieux papiers. On se console un peu en récupérant pratiquement la moitié de la somme initialement prévue. Encore une fois ils ont essayé de nous « truander », mais leur inefficacité les a fait perdre…
Nous quittons cette ville au plus vite. Nous pensions la partie désertique traversée. Il n’en ait rien. Cela continue de plus belle même ! Montagnes arides, grandes étendues sans végétation, lits de rivières asséchés… En plus, un pont détruit à quelques kilomètres au sud de la ville nous oblige à un détour de plus de 80 kilomètres et nous traversons ce décor dans des nuages de poussière soulevés par les nombreux camions, qui comme nous, roule sur cette piste qui fait office de déviation. En fait, nous n’allons plus quitter ce paysage désertique jusqu’à Nazca au Sud de Lima. Mais avant d’y arriver, nous allons faire une étape dans la capitale. De France, on peut imaginer une belle ville accrochée aux montagnes qui bordent l’océan. Aie aie aie !!! Quarante kilomètres d’agglomération avant d’arriver au centre ville. Des habitations de bric et de broc s’enchevêtrent sans trop d’ordre. La pollution recouvre la ville en lui donnant un air encore plus sinistre. Pour nous, depuis quelques jours, le Pérou, ben, ce n’est pas le Pérou… Pour quitter cet enchevêtrement il nous faudra une heure et demie ! Pas de signalisation de direction, grandes avenues qui se finissent en cul de sac… Bref, nous sommes bien contents de retrouver nos grandes étendues désertes. Un bivouac sur une falaise le long de l’océan dans le parc national de Paracas va commencer à nous faire apprécier le Pérou. Il est temps, nous commençons à envisager d’écourter notre séjour ici afin de nous rendre dans des contrées plus hospitalières. Les collines couvertes de pierres roses qui viennent se jeter dans les eaux limpides de l’océan, l’accueil qui nous est réservé lors de notre passage au « visitor center » du parc ajoutés à un bon poisson dans l’assiette à midi vont nous inciter à revoir notre décision. Nous roulons tout l’après midi dans des décors féériques. A notre droite, des dunes immenses s’élèvent entre la côte et les montagnes. A gauche, des collines et montagnes aux couleurs chaudes et vives annoncent un « arrière pays » des plus beaux. Avant d’envisager de s’y enfoncer, il faut continuer vers le Sud, vers un des plus grands mystères de notre planète : Les lignes de Nazca. Nous venons de traverser quelques petites vallées verdoyantes bordées de collines à travers lesquelles la route se fraye un chemin en décrivant de magnifiques courbes sur un revêtement parfait. La moto file à travers ces paysages d’un autre monde en emmagasinant les images. Maintenant, la route devient rectiligne. Nous traversons une étendue sans fin bordée de montagnes rouges. Le soleil commence à descendre. Une tour est plantée là, au bord de la route. Il suffit d’y monter pour voir deux figures tracées depuis des siècles sur le sol. Nous sommes sur le site des fameuses lignes de Nazca. Le spectacle prend toute sa dimension quand le lendemain, nous survolons le site à bord d’un petit avion. Bon, il faut avoir le cœur bien accroché pour apprécier le spectacle. Entre les turbulences et les virages « sur l’aile » un coup d’un côté, un coup de l’autre pour que tout le monde voit bien, mieux vaut avoir l’estomac bien rempli. Les figures telle le colibri, le singe, l’astronaute et bien d’autres apparaissent comme il est prévu qu’elles se voient. Du ciel. Mais à l’époque, alors, pour qui ? Et puis un astronaute, il y en avait en ce temps là ? Mais plus impressionnant encore, ces grandes lignes, tracées sur le sol et qui partent à l’infini, parfaites et qui dessinent ces figures géométriques mystérieuses. Pourquoi, comment ? Un petit vol d’une demi-heure qui donne à réfléchir longtemps.
Le temps de la réflexion passé, nous attaquons « un plus de 4000 mètres ». C’est ainsi que nous appelons les cols que nous franchissons au dessus de cette altitude. Plaisir maximum sur cette route parfaite et sous un ciel d’un bleu profond. Nous enchainons les virages quand à la sortie de l’un d’eux, nous nous trouvons nez à nez avec une femme qui a un drapeau bleu blanc rouge devant la figure !? C’est quoi cette affaire ? Nous passons à coté pour mieux appréhender la situation. C’est un tandem. Mais pas un tandem comme nous avons l’habitude d’en voir… En fait, nous le savons maintenant, il existe des gens bien plus fous que nous (çà rassure un peu…). Ils pédalent un face à la route, un dos à la route. Et comme ce n’est pas assez difficile comme cela, ils sont couchés ! Des fous on vous dit !!! D’où vous voulez qu’ils viennent ? Du sud Est de la France pardi ! Ces « montpelliérains » d’un certain âge font une balade de santé de quatre mois à travers les Andes dans ces conditions… Séance photos obligatoire.
Nous continuons vers un bivouac qui nous paraissait sympa, auprès d’une auberge isolée et qui malheureusement nous laissera avec les cordes de la tente coupée au petit matin…
Bon, nous avons plus de 500 kilomètres à faire à travers les Andes pour rejoindre Cuzco, de l’autre côté. Un kilométrage qui peu paraitre modeste pour une journée qui commence à cinq heures, mais quand on voit le GPS qui n’indique que 280 kilomètres à vol d’oiseau, on se dit qu’il va y avoir quelques virages et détours pour arriver à destination… Mais, ce qui va nous ralentir le plus, ce jour là, ce sont les arrêts photos. Vous avez tous vu des documentaires sur ces hauts plateaux andins à des altitudes inaccessibles en Europe. Eh bien, après avoir grimpé, et grimpé encore, nous voilà à 4558 mètres d’altitude ! La pampa à perte de vue, le ciel bleu foncé, les troupeaux de vigognes qui traversent la route à quelques mètres devant la moto, des lacs aux eaux cristallines et glaciales de chaque côté de la route avec des troupeaux de lamas qui viennent s’y désaltérer, des sommets enneigés à l’horizon… Vous l’avez compris : Nous sommes tombés dans un documentaire de la chaine de télévision « National Géographic ». Impossible d’avancer plus d’un kilomètre sans s’arrêter faire une photo. La moyenne en prend un coup. Pourquoi n’avons-nous pas fait un bivouac ici la nuit dernière… Nous avons la réponse : Nous ne savions pas ce qui nous attendait sur cette route, mais bien plus, il y avait de la neige et de la glace ici la veille !
Les meilleures choses ont une fin. D’un coup, après deux cent kilomètres de film en panoramique, la route plonge dans une vallée bien moins intéressante. Il faut rouler, et rouler encore pour arriver avant la nuit. Nous avons un rendez-vous à Cuzco, et il nous faut absolument arriver aujourd’hui. Pas facile avec ces routes tortueuses à souhait et qui jouent à saute mouton avec des sommets trop hauts. Alors que nous pensons en avoir fini, et être presque arrivés, voilà que la route part à l’assaut d’une montagne couverte d’eucalyptus pour y franchir encore un col à 4002 mètres. Et là, encore une fois, le spectacle prend le dessus sur la fatigue. Nous nous retrouvons pratiquement nez à nez avec une chaine de sommets couverts de glaciers et de neige. Le soleil qui se couche donne au paysage encore plus de grandeur. Les maisons construites tout au long de la route se confondent avec le paysage. Construites en terre et au milieu de champs labourés, seules les tuiles rouges trahissent de leur présence. Pas de fenêtre, seuls quelques plastiques essaient d’isoler l’intérieur du vent et du froid. Ici aussi, il y a deux Pérou. Celui de ces pauvres gens qui essaient de survivre dans de rudes conditions en labourant encore leurs champs avec une paire de bœufs, et celui des gens qui leur passent à côté au volant de gros 4X4 modernes en klaxonnant pour les faire écarter de leur chemin sans la moindre complaisance… Le soleil couché, la nuit tombe vite. Trop vite pour nous qui nous retrouvons en danger de mort en conduisant sur ces routes encombrées de vaches, de voitures et autres deux roues sans éclairage… Les dernières dizaines de kilomètres sont interminables et épuisantes. Cuzco est enfin devant nous. A nos pieds en fait. Nous surplombons la ville illuminée de milliers de lumières qui s’étire dans la vallée. C’est la pluie qui gâche encore une fois le spectacle. Il ne nous reste juste à trouver le camping…
Une grande question se pose une fois à Cuzco. Si nous sommes ici, et même si la ville doit être une des plus belles que nous ayons vu depuis le début de notre voyage, c’est pour la visite du Machu Picchu. Célèbre citée Inca classée au patrimoine mondial et inaccessible avec notre moto. Tellement inaccessible, que le prix pour s’y rendre, en train, est devenu inabordable. La solution, pour nous, consiste à se regrouper avec d’autres personnes, de faire le tour des agences du centre ville et de faire baisser le prix du voyage au maximum. C’est à cela que va être employée la journée suivante. Et c’est aussi comme cela que nous nous retrouvons entassés à quatorze dans une voiture pour nous rendre au plus près du Machu Picchu. Encore une fois, c’est quand nous quittons notre moto que l’aventure commence. Le but est de contourner la montagne sur laquelle se trouve le site. Cela nous vaut 3 heures 30 de goudron avec encore le passage d’un col à 4300 mètres, encore 3 heures 30 de piste dans des conditions épouvantables et sur des pistes tracées à flanc de falaises, en corniches, avec des précipices qui paraissent sans fond. Il ne reste alors plus qu’une demi-heure de train pour rejoindre le petit village d’Aguas Calientes qui n’est accessible que par ce moyen. Quand nous y sommes, une courte nuit à l’hôtel pour prendre un bus à 6 heures du matin. Ce dernier va nous monter au site par une piste en lacets sur une pente vertigineuse en une nouvelle demi-heure. Nous franchissons enfin l’entrée, au prix exorbitant aussi, et là, nous savons enfin pourquoi nous avons subi tout cela : C’est tout simplement extraordinaire cette cité posée sur une arrête de montagne, surplombée par une montagne en pain de sucre et surplombant des vallées vertigineuses. En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, nous sommes face au paysage qui nous fait rêver depuis tant d’années. Il est là, devant nous, le célèbre Machu Picchu ! Et au moins égal à ce que nous attendions. Les nuages qui montent de la vallée donnent au site un air mystique. Mais il faut faire vite ! Nous faisons parti des premiers visiteurs de la journée. Peu à peu, les nuages vont s’estomper pour laisser la place au soleil, mais des milliers d’autres visiteurs vont arriver et tout envahir. La visite prendra alors le goût de la galère. Après avoir « crapahuté » quelques heures à travers les murs multi-centenaires, il est déjà temps de faire tout ce chemin à l’envers. La fatigue en plus… Il nous faudra bien une journée de repos pour digérer cette expédition et avant de reprendre enfin la moto pour aller faire une visite éclair de la « Vallée Sacrée des Incas ». Vestiges, salines à flanc de montagne, routes dans des vallées bordées de montagnes recouvertes de glaciers, de quoi, en fait, passer ici quelques journées sans s’ennuyer. Il suffirait d’avoir plus de temps… Mais les journées défilent très vite et la fin de l’année approche. Ushuaia est encore très loin et il nous faut rouler.
L’étape au bord du lac Titicaca à 3820 mètres d’altitude, va nous permettre de découvrir les îles flottantes et, entres autres, les bateaux en roseaux tressés. Calme et tranquillité assurés avec en prime cette sensation d’être sur une autre planète. Il ne nous reste plus qu’à rejoindre la frontière bolivienne toute proche (le lac se partage entre les deux pays) pour encore une fois passer à autre chose…

Rendez vous dans quelques jours, un peu plus au Sud !
Pensez que nous nous efforçons, tout au long du voyage, d’alimenter notre site en photos, vidéos, cartes, et infos les plus récentes possibles.
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Amitiés à tous !

Chris et Alain


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