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Edition 2009-07-29 02:33:19
Balade australe

Elle a tardé à arriver cette dernière newsletter, mais les conditions ces derniers temps ne se prêtaient pas vraiment à l’écriture. Du coup, vous avez beaucoup plus à lire cette fois, et nous avons doublé le nombre de photos. Bonne lecture !
C’est quand même incroyable, un pays moderne comme le Chili, qui compte des milliers de kilomètres de côte avec autant d’îles à desservir, sans parler des lacs, et qui a un réseau maritime aussi peu développé et un matériel autant vétuste qu’inadapté…
Comme nous l’avions prédit, après une brève visite sur l’île de Chiloé, nous voilà en train de rouler vers le Nord. Complètement à l’opposé de notre destination. Il semble se confirmer que la continuité territoriale ne soit pas quelque chose qui affecte grand monde ici. La Carretera Austral débute bien à Puerto Montt, mais il n’y a pas de liaison maritime pour traverser certains fjords que la route ne contourne pas. Du coup, le trafic routier, en majorité, se fait par les routes côté Argentine. Nous remontons donc de cent cinquante kilomètres pour prendre plein Est vers la ville de Bariloche. Pour gagner du temps, le soir, nous roulons le plus possible jusqu’à un tranquille petit village construit au bord d’un lac au pied des montagnes. Endroit bien agréable pour faire étape à quelques encablures de la frontière. Seule ombre à ce paysage idyllique, c’est encore une fois une histoire d’assurance. Ici, au Chili, l’assurance pour les motos n’est pas obligatoire. Devant l’impossibilité de nous assurer, nous y avons renoncé. Par contre, côté Argentin, il faut avoir une assurance avant de se présenter à la frontière. Et paradoxalement, il est possible de s’assurer ici au Chili pour le pays voisin… Possible oui, mais à Osorno où nous sommes passés la veille au soir, à cinquante kilomètre d’ici. Nous pensions avoir gagné du temps, voilà encore cent kilomètres supplémentaires. Et comme quand rien ne doit marcher, rien ne marche, à quelques kilomètres du poste de douane, nous voilà bloqués sur la route. Un camion s’est renversé, il faut attendre que la chaussée soit dégagée. Il y a du souci à se faire. Nous ne savons pas comment seront les routes plus loin, et il y a encore une sacrée distance à couvrir pour rejoindre la Terre de Feu. Nous franchissons finalement la Cordillère des Andes par un col ou il reste encore de la neige sur le bord de la chaussée alors que nous ne sommes qu’à 1300 mètres d’altitude et dans de magnifiques paysages où les forêts se disputent la place avec les lacs qui se succèdent. De plus, le revêtement de la route est parfait et enchainer les virages qui épousent la rive des lacs est un vrai plaisir. Alors que les montagnes disparaissent dans les rétroviseurs, le paysage devient plus aride. Il nous faut faire étape à San Carlo de Bariloche. Ville très touristique que nous aurions préféré éviter… Mais c’est comme cela ! Comme souvent, on ne décide pas de tout. Comme nous le devinions, étape onéreuse. On ne traine pas dans le secteur. Dés le lendemain, nous roulons à nouveau dans la bonne direction. Mais l’imbrication des deux pays voisins et la géographie n’ont pas fini de nous amuser. Il va nous falloir jongler avec les postes de douane en passant fréquemment de l’Argentine au Chili et vice versa. Nous pensions avant de nous lancer dans ce labyrinthe que les deux pays avaient des accords pour faciliter la circulation. Il n’en est strictement rien. A chaque passage de frontière il nous faut refaire toutes les formalités. Inutile de vous dire que nous devenons des champions dans cette discipline bureaucratique. Il y avait quelques temps que nous n’avions pas posé nos roues sur une piste. Notre objectif est maintenant de rejoindre la fameuse Carretera Austral pour continuer notre route vers la Terre de Feu. Trevelin. Sortie du village. La route tout à coup perd son revêtement et laisse la place à une piste en mauvais état. Heureusement, il n’y a que trente kilomètres à parcourir pour rejoindre le poste frontière. Et surprise, côté chilien il y a un beau revêtement qui nous conduit au village de Futalefu. Ravitaillement en eau et en vivres, nous ne savons pas où nous serons ce soir. Et nous revoilà sur la piste. Cette dernière suit une grosse rivière aux eaux turquoises. Mais l’heure tourne vite et il est déjà temps de chercher un emplacement où planter notre tente pour la nuit. Nous pensions que dans ces contrées relativement inhospitalières, il serait facile de bivouaquer. Il n’en est rien. Les habitations se succèdent tout au long du chemin, et ici, comme en Amérique du Nord, le barbelé est roi. Il doit y en avoir des millions de kilomètres. Nous sommes obligés de nous arrêter dans un camping «à la ferme ». Bon, l’endroit est agréable au bord de la rivière et de plus nous sommes seuls.
Le lendemain, nous y voilà enfin sur cette Carretera Austral. Route appelée fréquemment ici « route Pinochet » car c’est ce dernier qui avait décidé de sa construction afin de désenclaver toute cette partie Sud du pays. Plus administrativement, il s’agit aussi de la route numéro 7. Nous sommes le 24 décembre. Alors qu’une grande partie de la population de la planète prépare le réveillon de ce soir, nous roulons sans nous préoccuper de toute cette agitation et sans savoir de ce que sera fait notre soirée. Dans l’ensemble, la piste est bonne. Mais comme rien ne va jamais bien complètement, il faut qu’une grande partie de la route soit en travaux. Et là, c’est beaucoup moins drôle. Sans en arriver aux extrêmes des pistes boliviennes, il y a encore des moments où çà sent la galère. Mais comme d’habitude, les bons moments alternent avec les mauvais. Alors que nous faisons le plein de carburant à La Junta, nous rencontrons une famille de savoyards en goguette dans le coin à bord de leur camping car. Une invitation à manger à bord de leur véhicule et plus tard nous roulons à nouveau vers ces spectaculaires paysages qui bordent le Pacifique tout au long du Sud du Chili. En milieu d’après midi nous arrivons au petit village de Puyuguapi niché au fond d’un fjord. Et comme par hasard, nous y arrivons en même temps que le père Noël ! Incroyable, non ? Eh bien oui, nous l’avons bien vu arriver à bord d’une vieille voiture de pompiers au milieu de tous les enfants qui attendaient avec impatience (son traineau devait être en panne…). Sans cela, le village aurait sans doute été désert. Nous pouvons faire quelques provisions pour les prochains repas dont celui du réveillon… ce soir. Nous tardons un peu à quitter ce village du « bout du Monde » comme nous aimons tant en découvrir. Et c’est encore une succession de paysages à s’arrêter tous les kilomètres pour faire des photos qui s’offrent à nous. De quoi nous faire facilement oublier le mauvais état de la piste. Et l’heure tourne. Les clôtures nous empêchent tout accès aux endroits susceptibles de recevoir notre bivouac. Et en plus, la géographie s’en mêle. Alors qu’il nous faudrait être installé, nous nous lançons dans l’ascension d’un col. Les lacets de la montée sont complètement détruits. Quand nous arrivons au sommet, nous nous trouvons face aux sommets des montagnes couvertes de neige et de glaciers. Il va faire bon cette nuit ! Encore faudrait-il le trouver cet endroit pour dormir… Et là, si nous sortons de la piste, c’est pour tomber de quelques dizaines de mètres… Il nous faut rouler encore. Le soleil s’est couché depuis un moment déjà. Au bas du col, quand le relief redevient un peu plus hospitalier, nous nous voyons contraints, devant l’urgence, de nous installer finalement dans une propriété privée. Bon le portail était par terre… On dira que nous ne l’avons pas vu… Nous trouvons une petite surface de la taille de la tente au beau milieu de grosses pierres inconfortables, au cœur de la forêt. Il fait nuit noire, quand notre repas de réveillon, des spaghettis, se retrouvent sur le sol suite à un égouttage loupé. Que voulez vous, c’est çà l’aventure ! Il n’y a plus qu’à recommencer…
C’est un beau soleil bordé de sommets enneigés qui inaugure ce 25 décembre. Nous reprenons la piste assez tôt. Et comme premier cadeau de Noël, après une douzaine de kilomètres, voilà que la piste est recouverte d’un beau revêtement en béton tout neuf avec une belle ligne continue au milieu qu’il est agréable de suivre à bonne allure. Cela ne dure qu’une vingtaine de kilomètres. C’est toujours autant de gagné. La piste qui suit est vraiment dans un état lamentable, proportionnel à la beauté des paysages dans lesquels nous roulons. Nous y croisons un couple de motards allemands qui reviennent d’Ushuaia. Echange d’informations sur l’état des routes et arrive un cycliste australien. Que de monde sur ces pistes !
Et le revêtement refait son apparition. Un toboggan qui nous donne l’impression de « rouler » sur un tapis volant jusqu’à Puerto Aisen. Deuxième cadeau de Noël : Un bon repas dans un bon restaurant. Passage à Coihaique. Ville morte. Plein de carburant et retour sur la Carretera Austral. Le vent violent nous rappelle que nous sommes en Patagonie. La route est revêtue jusqu’à Puerto Ibanez. où nous arrivons en fin d’après midi après avoir traversé une région où chaque montagne est un volcan. Puerto Ibanez ; Il fallait s’y attendre : Désert. Camping fermé, auberges fermées. Seul le policier de garde est en mesure de nous donner quelques informations. Cette fois nous avons de la chance. Il y a un bateau qui part demain matin à 10h00 pour traverser le lac Buenos Aires. Il nous suffit de trouver un endroit où bivouaquer. Nous nous engageons sur la piste qui conduit en Argentine et trouvons un chemin qui mène au bord du lac. Des ruines, une voiture. Rencontre avec des Chiliens qui fêtent Noël en famille. Un agneau est de la fête aussi. Mais lui est sur la braise. Comme un troisième cadeau, nous voilà invités à partager leur repas. Sympa toute cette famille. Chris, après quelques verres de vin chilien, fait des progrès spectaculaires pour parler espagnol. Il faut la voir discuter avec la « mama » !
Nous sommes sur le quai d’embarquement. Il fait encore un vent abominable. Le même vent qui soulève l’eau de la surface du lac. Le bateau va-t-il partir ? Nous partageons cette interrogation avec un couple de japonais qui roulent sur un tandem autour de la planète, pendant quatre ans… Finalement nous partons pour une traversée de 2h30. On se croirait sur la Méditerranée un jour de grand Mistral. Des creux jusqu’à deux mètres. Nous effectuons la traversée assis sur une bâche pliée à côté de la moto afin de maintenir cette dernière sur ses roues et sa béquille. La frontière passée, deux solutions s’offrent à nous : Soit la route 40, un monument ici en Argentine, soit couper le pays par une belle route goudronnée pour rejoindre la route 3, l’épine dorsale du pays. Après, il ne « reste plus qu’à » descendre vers la Terre de Feu. On nous en a tellement dit sur cette route 40, son mauvais état (c’est une piste), sa monotonie… Que nous optons pour la deuxième solution, même si nous devons faire beaucoup plus de kilomètres (nous en avons un peu assez de ces mauvaises pistes sur lesquelles nous perdons tant de temps…). Nous allons certainement, au final, gagner du temps. Traversée de zones où les pompes puisent le pétrole infiniment avant d’arriver sur la côte Atlantique. La route à partir d’ici pourrait être facile si ce n’était le vent. On nous en avait parlé du vent de la Patagonie, cette fois nous y sommes confrontés en permanence. Pas besoin de panneau pour nous rappeler sa présence. Du matin au soir nous roulons avec la moto inclinée. Les cervicales et les poignets en prennent un coup. Inutile de dire, que le soir, pas besoin de se faire bercer pour dormir.
Au passage d’une « bosse », le voilà devant nous. « Le » c’est le détroit de Magellan. Oh rien de bien spectaculaire en fait, cela pourrait être une côte comme toutes les autres si ce n’était l’histoire de ce grand navigateur et découvreur. Le bac est stationné sur la rive. Embarquement immédiat pour une traversée de 20 minutes qui va nous conduire en Terre de Feu. Problème au débarquement, un autocar arrache son pare-choc en descendant. Il faut dire qu’il n’y a pas de quai, et que la rampe repose directement sur la grève. Et comme le bateau n’est de plus pas amarré, il bouge constamment. Pour nous, ce ne sera qu’une fixation du sabot moteur qui rendra l’âme ici… De ce coté du détroit, pas de changement notable. La pampa se déploie à perte de vue encore et encore. Les guanacos (lamas sauvages) nous regardent passer en continuant de brouter, alors que les nandous (cousins des émeus d’Australie, eux-mêmes cousins des autruches d’Afrique) détalent à toute vitesse à notre approche. Il nous faut traverser un bout du Chili pour revenir en Argentine, où se trouve Ushuaia. Les deux pays sont tellement imbriqués ici au Sud, qu’à force de passer de l’un à l’autre les pages de nos passeports se remplissent de leurs tampons. Le Chili ne voulant pas faire de frais qui seraient bénéfiques à l’Argentine ne goudronne pas sa route principale. Cela nous vaut encore une bonne centaine de kilomètres de pierres et d’ornières. Retour en Argentine, le goudron à nouveau. Jusqu’au bout du monde cette fois ! Le vent est toujours de la partie. Pas besoin de se demander dans quel sens il souffle quand nous voyons l’un des rares arbres qui ont réussi à pousser ici…
Entrée de Rio Grande. 200 kilomètres avant Ushuaia. La moto émet un gros pet et le moteur s’arrête. A ce moment précis, il semble que le Monde s’arrête de tourner. En fait, rien de grave. Juste une bougie de la culasse droite qui revendique plus de liberté.
Le paysage change. Des arbres. Des forêts même. Le vent semble se calmer un peu et le ciel se charge de nuages noirs. Nous contournons un lac. Puis d’un coup, les montagnes apparaissent. Couvertes de neige. Il ne fait pas vraiment chaud. Et la route commence à grimper pour franchir un petit col avant de plonger doucement dans une vallée. Le GPS indique 30 kilomètres avant l’arrivée. 10 kilomètres. 7 kilomètres. Nous sommes face au panneau « USHUAIA – Bienvenido a la ciudad mas austral del Mundo ». Cette fois nous y sommes ! Il y a quelques mois, nous étions en Alaska. A l’opposé de ces continents énormes. Nous avons parcouru entre Fairbanks et Ushuaia (les points les plus au Nord et au Sud de notre voyage), à un kilomètre prés, l’équivalent d’un tour de la planète : 39999 kilomètres ! Cela mérite bien une séance photo devant le panneau !
Beaucoup de voyageurs se rendent à Ushuaia pour la nouvelle année. En camping car, en voiture, à vélo, à moto… Ces derniers temps, nous en avons croisé beaucoup. Nous nous rendons au camping supposé rassembler les motards pour l’occasion. Surprise d’y trouver quatre français qui ont profité de places disponibles dans un conteneur pour venir faire un voyage en Amérique du Sud. La journée du 31 sera consacrée à l’organisation de la soirée avec les autres motards et à la dernière balade à moto de l’année. Inoubliable cette balade à travers le parc national de la Terre de Feu en fin de journée et qui nous conduit au bout de la route 3. Retour au camping vers 22h00, juste pour commencer les festivités. La salle est comble, de notre côté nous sommes une quinzaine de motards bien décidés à passer une bonne soirée. Le barbecue géant remplace pour un soir la télé, incontournable depuis des mois dans chaque recoin des pays d’Amérique du Sud (encore que, depuis quelques semaines, ce soit le rallye Dakar qui tienne la une).
Repas, histoires de motards en voyages… bonne ambiance.
5, 4, 3, 2, 1,
A bientôt !

Chris et Alain


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