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Edition 2009-07-29 02:34:15
De la Terre de feu à la¨Patagonie

00H00. Bonne année 2009. Tout le monde est debout sur les chaises, et à la fin du décompte des secondes, c’est une explosion de joie dans la salle.
Pour nous, la première journée de l’année sera une journée sans moto. Levés tard, nous passons notre temps à ranger nos affaires et à préparer notre départ du lendemain. Ushuaia est bâtie au fond d’un fjord, au pied de montagnes enneigées toute l’année. Ici, l’été, c’est quand il n’y a plus de neige dans les rues de la ville. Car même à cette saison, les arbres qui recouvrent les montagnes peuvent se revêtir d’une robe de neige alors qu’il faisait soleil quelques minutes auparavant. Une journée peut voir défiler les quatre saisons. Petit à petit le camping se vide. Même les énormes paquebots de croisières qui étaient amarrés au bout des rues de la ville ont repris leur route à travers les multiples îles et détroits où, de temps à autre, viennent mourir quelques glaciers.
A notre tour il nous faut quitter ce bout du Monde. La route est longue pour rejoindre Buenos Aires où nous souhaitons être pour assister à l’arrivée du « Dakar ». En plus, notre programme est chargé. Les visites de parcs nationaux vont se succéder. Et sous ces latitudes, le goudron n’est pas roi. Le réseau routier est constitué en majorité de pistes. Et loin d’être bonnes les pistes ! En cette fin d’après midi nous sommes sur l’une d’elle à longer le détroit de Magellan. Après avoir eu droit aux pierres, aux ornières, au gravier profond, la piste c’est transformée en un beau ruban de terre bien damé qui nous laisse presque le temps d’admirer le paysage. Presque, car le vent lui, ne fait pas de pause. Nous luttons continuellement contre lui. Moto inclinée en permanence tout comme les rares arbres qui réussissent à pousser ici. Quand on en voit un, pas la peine de se demander dans quelle direction ça souffle…
Nous embarquons cette fois sur un bateau tout neuf pour retraverser le détroit dans une de ses parties les plus larges. Déjà nous quittons la Terre de Feu pour revenir en Patagonie, à Punta Arenas. Encore une fois nous avons changé de pays en passant de l’Argentine au Chili. Ces villes du fin fond de la planète n’ont rien de très attrayant. Par contre, elles sont souvent d’excellents points de bases pour des visites aux alentours, comme ici, la colonie de pingouins Magellan de la baie d’Otway. Rigolo de se balader à coté de ses oiseaux, qui faute de pouvoir voler, sont d’excellents nageurs et là, se dandinent sur les mêmes trottoirs que nous.
Alors que nous roulons vers Puerto Natales, quelle n’est pas notre surprise, alors que nous luttons de plus belle contre lui, de croiser un panneau annonçant un monument dédié au vent. Et en effet, quelques centaines de mètres plus loin, nous sommes au pied de quatre poteaux surmontés d’espèces de globes métalliques. Non seulement le vent pourrie la vie à longueur d’année des rares habitants qui vivent ici, mais ils sont allés dépenser une petite fortune pour lui rendre hommage. Pourtant, c’est garanti, on se passerait bien de lui. Mais alors, la Patagonie ne serait plus la même…
Puerto Natales. Ravitaillement en vivres pour une visite au parc national Torres del Paine. De la piste, encore de la piste pour atteindre cet endroit perdu sur la côte déchiquetée du Sud du Chili. Si la météo nous le permet, nous devrions avoir une vue magnifique sur les montagnes de la Cordillère des Andes et sur les lacs et glaciers qui les entourent. Et encore une fois, ce n’est pas gagné. Le paysage ne se dévoile que partiellement. Il faut, dans notre tête, reconstituer ce dernier comme un puzzle. Les nuages arrivant du Pacifique, poussés à grande vitesse par ce vent incessant, chassent les nuages précédents sans relâche. Même une randonnée à pied prend des allures d’expédition tellement la lutte contre le vent est âpre. Difficile, dans ces conditions, d’apercevoir le glacier Gris au fond du lac du même nom. Seuls quelques gros glaçons bleus venus s’échouer sur la grève nous indiquent sa proximité. Il faut presque jouer « des coudes » avec les guanacos sur le chemin du retour tellement ceux-ci sont nombreux. En même temps, il faut arriver à conserver assez d’adhérence à la roue avant, qui sous l’effet du vent a plutôt tendance à vouloir jouer « les filles de l’air ». Nous croisons une niveleuse qui est en train d’aplanir un très mauvais morceau de piste que nous avons franchi hier en venant.
Nous sommes en fin d’après midi à Cerro Castillo. Le vent est tellement violent, qu’au lieu de nous engager sur la piste menant à l’Argentine, nous essayons de trouver un hébergement ici. Bizarrement, dans ce petit village perdu au fond de la pampa, le seul hôtel bon marché est soit disant complet… Il n’y a plus qu’à se remettre en piste. Formalités côté Chili, puis côté Argentin et nous retrouvons le goudron pour quelques kilomètres avant de devoir emprunter un tronçon de la fameuse Route 40. Contre toute attente, nous voilà sur une piste très roulante dans un magnifique paysage de pampa à perte de vue éclairé par le soleil qui descend vers l’horizon derrière nous. Tout le long, plus où moins derrière les clôtures, paissent des troupeaux de moutons mérinos à l’épaisse toison de laine. Comme les guanacos ou les nandous, il faut se méfier d’eux au maximum, car à l’approche de la moto ; ils ont une fâcheuse tendance à détaler devant nous en nous coupant la route. En fin d’après midi, nous sommes à El Calafate. Petite ville sur une rive du lac Argentine, qui sert de point de base pour la partie Sud du parc national des Glaciers. Partie où se trouve le célèbre glacier Périto Moreno. Un des joyaux de la Patagonie. Dans un petit camping, nous retrouvons quelques motards qui étaient présents pour la nouvelle année à Ushuaia et quelques autres. Soirée discussion, et nuit courte. Pour des raisons de pratiques plus que douteuses de la part des autorités du pays, qui ont la fâcheuse habitude de pratiquer une honteuse discrimination à l’égard des étrangers qui doivent payer les entrées dans les parcs nationaux trois plus cher que les gens du pays, nous nous levons à 6h30. Plus vraiment l’habitude… Mais la manœuvre consiste à arriver à l’entrée du parc avant les employés de ce dernier. En entrant avant 8h00 du matin dans le parc, l’entrée est gratuite. Personne dans la guérite pour encaisser les 120 pesos requis… Nous voilà donc, du même coup, presque seuls face à ce spectacle extraordinaire que nous offre le glacier qui vient finir sa course dans un des bras du lac Argentine. Hier, ici, il pleuvait, il y avait du vent et il faisait froid. C’est l’été que voulez vous… Nous avons de la chance, car c’est sous le soleil que nous passons une grosse partie de la matinée à attendre qu’un gros bloc de glace se détache du reste du glacier et vienne se fracasser sur la surface du lac en venant former un nouvel iceberg qui peut dériver longtemps sur la surface paisible et bleue du lac. Le spectacle est féérique. Un peu comme un feu d’artifice avec ses détonations, ces craquements, presque ses rugissements. C’est l’arrivée en masse des touristes venus en autocars vers midi qui nous chasse. « On the road again » pour rejoindre à nouveau la côte Atlantique et commencer à remonter vers Buenos Aires. Sur cette route, la célèbre Route 3 (il y a deux routes principales dans le Sud du pays, la 40 qui est une piste à l’Ouest, et la 3, le long de la côte, qui est un peu l’équivalent de notre bonne vieille RN 7), le spectacle est permanant en ce début de vacances scolaires. Les arrêts dans les stations-services nous permettent de nous retrouver en plein dans les années 70 avec ces Ford Falcon ou Renault 12 dont la galerie est chargées de bagages. Sans parler de ces antiques camping-cars qui sont en fait de vieux bus ou camions aménagés. Alors que nous mangeons un sandwich, attablés dans la salle de l’une de ces stations, nous nous amusons à observer les argentins dont le plus gros souci semble être l’approvisionnement en eau chaude. Pour quoi faire ? Simplement pour pouvoir continuer à siroter leur « maté », qui ici est une institution. Il faut voir, certains, tenant d’une main une cigarette, le « bol » rempli de cette infusion et de l’autre le téléphone portable… Comme des drogués ! Pour nous, en plus du spectacle offert par ces arrêts, ces stations sont des lieux privilégiés de rencontres avec d’autres motards. Venus de tous les pays d’Amérique du Nord ou du Sud, il semble, à les entendre, qu’il n’y est qu’un objectif : La mythique ville d’Ushuaia.
San Julian. Et si nous faisions encore un peu de piste cet après midi ? L’occasion est trop belle pour la laisser passer. 27 kilomètres d’une belle piste qui longe les falaises au Nord de cette petite ville. Au pied de celles-ci, une colonie de lions de mer se réchauffe sous le soleil de cette fin de journée ensoleillée. Nous pouvons les approcher à une vingtaine de mètres. Bien assez pour distinguer la crinière des mâles et faire quelques photos.
Le même spectacle nous sera offert un peu plus loin le lendemain, avec une colonie beaucoup plus importante. Mais notre objectif, dans cette région, reste le parc de la péninsule de Valdès. Classé au patrimoine mondial par l’UNESCO, nous espérons bien y voir un maximum d’animaux « exotiques ».
D’ailleurs, nous voilà à Puerto Piramides. Le seul village sur la péninsule. Un seul camping dans le parc, le camping municipal du village. Bondé en ces temps de vacances. Les hôtels aussi sont complets… Un type nous dit : Vous pouvez aller planter votre tente dans un endroit formidable. La plage de Pardelas. Nous revoilà donc encore une fois sur les pistes pour une destination improbable sur le moment. La piste est bonne et nous arrivons vite à la plage conseillée après avoir longé de magnifiques dunes. Evidemment, nous ne serons pas les seuls à bivouaquer dans cet endroit paradisiaque. Et finalement, la surprise se révèlera agréable. Pour ceux qui ont vu l’excellent film « Into the Wild », nous nous retrouvons en fait au beau milieu d’un « campement » ressemblant étrangement à celui dans lequel le personnage principal fait étape dans le film. Des gens de tous horizons, avec chacun une vie, une histoire, qui les as conduit ici pour une semaine ou des années… Une ambiance presque irréelle ou entraide, solidarité et convivialité sont prioritaires. Cela tombe bien, voilà que notre pneu arrière, pourtant pas très vieux, est à plat une nouvelle fois. Nous avons croisé la route d’un vieux clou rouillé qui devait passer par là… Une cheville, et le compresseur du voisin fera le reste du travail pendant que nous faisons connaissance autour d’un apéritif improvisé. Le soleil se couche et il ne nous reste plus qu’à prendre le temps d’apprécier cet instant rare de tranquillité et d’humanité.
A plus tard !
Chris et Alain

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