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Edition 2009-07-29 02:35:39
Les prisonniers de Valdes

Il a plu toute la nuit. Ce matin, quand nous pointons le nez hors de la tente, le paysage idyllique d’hier a laissé la place à un spectacle de désolation… Le ciel est chargé de gros nuages noirs, la terre s’est transformée en boue et la petite descente à laquelle nous n’avions pas prêté attention hier en arrivant, c’est transformée en une montée impossible pour notre moto. La plus grande partie des gens essayent de fuir cet endroit qui peut devenir une prison. Cela donne lieu à un spectacle improvisé avec tous ces véhicules insolites qui essayent de franchir cette petite côte couverte de boue. Travers, marche arrière, poussettes, remorquages, tout y passe. Bien entendu, le terrain se dégrade encore plus avec de profondes ornières. Nous essayons de nous approcher avec la moto, mais les quelques dérobades de la roue avant vont très vite nous dissuader d’essayer d’aller plus loin. Nous sommes coincés ici. Prisonniers. La première des choses qui nous vient à l’esprit, est de faire l’inventaire des vivres que nous avons. Et c’est bien maigre. Juste de quoi tenir une journée en faisant très attention. Le plus inquiétant, c’est l’eau. Bon, nous ne sommes quand même pas seuls, et le village n’est qu’à 22 kilomètres. De plus, alors que la matinée se termine, le soleil semble reprendre le dessus sur les nuages qui s’estompent. Deux quads arrivent. Des policiers qui connaissent bien le problème. Ils se renseignent sur nos besoins éventuels et nous demandent de patienter. Nous n’avons pas vraiment le choix. Nous apprenons en même temps que le village a subit des dégâts causés par l’eau et la boue. L’accès à la péninsule est même fermé actuellement. Après un repas un peu trop léger à notre goût, et l’eau de l’Atlantique étant un peu trop fraîche pour envisager de s’y baigner, il ne nous reste plus qu’à aller nous balader à pied. Balade agréable qui nous permet même de rencontrer un phoque qui fait une sieste tranquille en haut des rochers surplombant la surface limpide de l’océan. Comment est-il monté jusqu’ici, mystère. Par contre il se passerait certainement du bruit du déclencheur de l’appareil photo qui le mitraille sous toutes les coutures. L’occasion est si rare de pouvoir approcher ces animaux d’aussi prés, que nous ne pouvons nous empêcher d’en profiter. Un peu plus tard, ce sera un pingouin perdu qui viendra s’échouer sur la plage de notre bivouac. Transi de froid, la pauvre bête s’endort immédiatement.
Petit à petit, le soleil et le vent on séché la piste. Nous démarrons la moto en vue d’aller au village nous réapprovisionner. Les deux petites côtes (car en fait il y en avait deux) se franchissent sans problème. Mais alors se présente devant la roue avant de la moto, une immense flaque d’eau qui recouvre complètement la piste. Cette dernière étant construite en tranchée, elle a récupéré toute l’eau des alentours. Immédiatement nous prenons de nouvelles décisions : en voyant le ciel qui se recouvre très vite de nuages noirs en annonçant rien de bon pour notre avenir météorologique immédiat, et à traverser cette étendue d’eau, autant ne pas avoir à revenir. Retour à la plage pour plier et charger nos bagages. Au revoir à nos voisins d’un jour et nous voilà repartis. Il est déjà tard. Si nous ne trouvons pas à nous loger au village, nous trouverons certainement un endroit où bivouaquer. Et nous y revoilà devant cette grosse baignoire. Finalement, ça passe bien. Chris fait un détour à pied et reprend sa place sur la moto. Quelques centaines de mètres plus loin, l’histoire se répète. Et ça passe. Et se présente un troisième passage. Encore plus long. Encore plus impressionnant. Chris redescend de la moto tandis que j’essaye de traverser l’obstacle sans me mouiller les pieds. Difficile. Au plus j’avance, au plus le niveau de liquide monte. Quand l’eau arrive au niveau des cylindres, j’essai de me rapprocher du bord de la piste au cas où… Erreur. Grosse erreur ! D’un coup la roue arrière s’enfonce et la moto arrête d’avancer. Cette fois il faut bien mettre les pieds dans l’eau. Impossible de bouger la moto. Rien n’y fait. Chris enlève chaussures et pantalon et vient dans l’eau froide pour m’aider. Toujours rien à faire. Nous enlevons le maximum de bagages pour alléger l’ensemble. Rien n’y fait… La nuit tombe. Nous savons qu’une voiture doit repasser par ici ce soir. Le 4x4 des jeunes qui campaient à côté de nous et qui sont allés au village. Après une attente qui semble interminable, nous entendons le bruit d’un moteur. En prenant un peu de hauteur, il est possible de voir les phares de la voiture au loin, sur la piste principale. Il faut encore bien dix minutes avant quelle n’arrive ici. Cela ne présage rien de bon. La voilà enfin. Equipée d’un treuil, il ne devrait pas y avoir de problème. Le conducteur me tend une sangle que j’amarre à la moto. A peine la voiture commence à reculer, la sangle casse… Houlà ! Au tour du treuil maintenant. Le conducteur ne sachant pas s'en servir, il recule directement avec la voiture. Ça force, mais la moto ne bouge pas d’un centimètre. Il n’y a plus qu’un recours : la pelle. Pendant une demi-heure je dégage au mieux tout autour de la moto avant un ultime essai. Heureusement ce sera le bon. Les efforts de la voiture ajoutés à ceux de la moto et de deux personnes qui poussent cette dernière ont enfin raison du piège qui agit comme une ventouse. Soulagement. Nous sommes, tout comme la moto couverts de boue. Le conducteur du 4x4 nous annonce un dernier passage identique un peu plus loin. La moto rechargée, nous avançons doucement dans la nuit, guettant le moindre piège qui pourrait nous bloquer à nouveau. Arrivés devant le dernier obstacle, je fais une reconnaissance à pied. Mouillé pour mouillé, autant ne pas prendre de risque. En passant au milieu, ça devrait aller. Et c’est ce qui se passe. Ouf ! Nous plantons la tente ici, au bord de la piste car la nuit est tombée. Assez pour aujourd’hui ! Nous verrons bien demain pour la suite. Pas besoin d’une berceuse pour s’endormir.
Les rues du village sont couvertes de boue. C’est un spectacle de désolation qui s’offre à nous. Un bon petit déjeuner plus tard et nous repartons sur les pistes afin d’aller voir un peu ce que peut nous offrir cette péninsule de Valdès dont on parle tant. Les pistes qui doivent êtres bonnes la majorité du temps sont abimées. Avec les pluies, les véhicules ont fait de petites ornières qui donnent à moto, l’impression de rouler avec les pneus dégonflés. Pas agréable du tout. Les distances sont grandes et il nous faut beaucoup de temps pour arriver au premier site. Les éléphants de mer sont bien là. En nombre. Affalés sur la plage à … 200 mètres de nous. Aucun aménagement. Pas un trottoir pour se rapprocher un peu. Rien, ni même personne. Juste une caméra pointée vers la clôture afin que nous ne la franchissions pas. Ils sont loin les reportages de la télé ou le caméraman va compter les poils de la moustache des animaux… Assez décevant. Il faudra attendre de pouvoir profiter d’aménagements privés un peu plus loin pour enfin pouvoir s’approcher raisonnablement des bestiaux et faire quelques photos. Nous nous demandons bien qu’est ce qui peut justifier le prix d’entrée de cette péninsule devant ce manque évident d’infrastructures.
Deux drôles d’animaux coupent notre trajectoire à quelques mètres devant nous. Impossible de bien voir de quoi il s’agit. Mais de toute façon, nous n’avons jamais vu de telles bestioles. Des oreilles de lapin, sur un corps de la taille d’un marcassin et des pattes qui donnent l’impression de voir courir un kangourou…Etonnant ! Un peu plus loin, nous sommes devant une colonie de pingouins Magellan. La clôture a été posée à la limite des terriers les plus proches et nous pourrions toucher certains de leurs habitants si nous le souhaitions…
Nous cassons la croûte dans la pampa à proximité. Finalement, il fait soleil aujourd’hui. Il est bien trop tard pour envisager de faire le tour complet de la péninsule. De plus, les baleines ayant quitté les lieux il y a quelques jours, nous avons vu tout ce qu’il y avait à voir. Encore un peu de piste, le plein de carburant et nous roulons. Buenos Aires est encore à « quelques » kilomètres et il serait dommage de manquer l’arrivée du Dakar…
Nous traversons quelques orages, en contournons quelques autres, et à un croisement, nous quittons la Patagonie. Le changement de paysage est flagrant. Impressionnant même. Comme s’il y avait un trait qui sépare les régions. Les champs prennent la place de la pampa instantanément. Quelques grandes lignes droites plus loin, et après quelques étapes, nous y voilà dans cette capitale gigantesque où vivent environ 15 millions de personnes. Revoilà la pollution et le bruit oubliés un temps. Il y a de grandes chances que nous ayons fait là, les derniers kilomètres de notre voyage en Amérique du Sud.
Nos premières préoccupations nous conduisent vers l’aéroport à la recherche d’un transitaire pour le transport de la moto vers l’Australie et à la recherche d’informations quant aux formalités de douane. Pas facile, mais nous avançons doucement. Nous avons très vite compris, par contre, que certains de nos projets devenaient irréalisables. Comme il y a quelques mois en Equateur, alors que nous espérions faire une visite aux îles Galápagos et que le prix du voyage nous avait dissuadés d’y aller, deux autres visites viennent de tomber dans le Pacifique. Nous souhaitions faire deux escales sur notre « route » vers l’Australie. L’île de Pâques et Tahiti. A être dans les environs, autant en profiter. Malheureusement, la première île n’est desservie que par LAN, la compagnie chilienne qui a l’exclusivité pour cette destination. L’île de Pâques est une escale du vol entre Buenos Aires et Sydney, tout comme Tahiti entres autres. Du coup, pas de place avant un mois… Hors de question pour nous d’attendre aussi longtemps.
Nous sommes à la veille du week-end. Nous savons que rien ne pourra évoluer pendant les deux jours qui arrivent. Il n’y a plus qu’à oublier nos soucis et à profiter pleinement de l’arrivée du rallye. Grace à un ami de William, Claude, un pilote qui a participé au rallye, nous allons assister à l’événement dans des conditions privilégiées. Le « pass » qu’il nous procure nous donne accès partout. Et nous en profitons !
Alors que la journée touche à sa fin, nous décidons de vous faire un petit coucou vidéo en bordure du parc fermé, côté moto. Démarrage du caméscope, et alors qu’elle était censé s’adresser à vous, Chris sort du champ en s’écriant : Ça alors, qu’elle surprise !
Et pour une surprise, s’en est une. Sans se donner rendez vous, sans savoir que l’un et les autres sont ici, nous retrouvons Javier au milieu de la foule. Javier, un motard équatorien que nous avions rencontré au Sud de la Colombie alors que nous étions bloqués à la frontière. Incroyable ! Du coup, la vidéo qui est sur notre site a pris une autre tournure…
Voiture qui décolle sur le podium, demande en mariage, trophées, discours, photos, champagne et confettis, c’est la fête pour les rescapés du rallye. Il faut bien une journée complète pour clôturer ces quinze jours de course.
Des kilomètres de marche à travers la ville, le bruit incessant jour et nuit, le manque de sommeil. Chris est fatiguée. Nous avions prévu d’aller faire une visite aux chutes d’Iguazu d’un coup d’avion pour économiser du temps et la moto. Chris va rester ici pour se reposer un peu pendant que je fais un bref aller retour aérien. Javier se joint à moi pour ce mini voyage à la frontière du Brésil.
On se croirait à Disneyland tellement il y a du monde. Même les attentes font partie de la visite. Mais nos efforts sont récompensés. Grandiose ! Sans vouloir vexer nos amis canadiens ou américains, les chutes du Niagara, à coté, c’est du « pipi de chat ».
De longues passerelles métalliques nous conduisent aux plus beaux et plus spectaculaires points de vue en enjambant les multiples bras du fleuve où se reposent quelques crocodiles indifférents à toute cette agitation.
L’eau chute de 80 mètres de haut, d’une falaise en forme de fer à cheval de plusieurs centaines de mètres au beau milieu d’une végétation tropicale. Elle tombe en se fracassant plus bas, soulève un nuage de brume qui nous empêche de voir le fleuve au bas des cascades. Par contre, le soleil, dessine de grands arcs en ciel dans cette brume rafraichissante. Rafraichissante, c’est peut dire, si l’on s’aventure au bout de cette passerelle qui conduit au bas d’une chute. Ici, c’est la douche qui est garantie.
Le retour à Buenos Aires est bien moins féérique. Il faut se replonger dans les problèmes divers. Petit à petit les solutions arrivent. Le carnet de passage en douane, document indispensable pour rentrer la moto en Australie, est en route pour Brisbane par DHL. Nous prenons nos billets d’avions. Nous allons quitter l’Amérique du Sud le 31 janvier. D’ici là, il va falloir régler tous les problèmes qui subsistent pour envoyer la moto. Nous passons une journée complète à laver cette dernière dans ses moindres recoins. Heureusement, Bertrand, que nous avons rencontré le jour de notre arrivée ici, nous donne un bon coup de main après avoir mis à notre disposition son garage et tous les outils nécessaires. Au soir, la moto est presque comme neuve. Il n’y a plus qu’à espérer que nous aurons à faire à un douanier compréhensif. Il nous reste 6 jours avant notre départ. Il fait chaud. 35°. Après avoir logé dans un hôtel du centre ville pendant une semaine (très dur pour le budget…), nous nous sommes déplacés de quelques kilomètres vers le Nord de la ville, et campons dans le jardin attenant à un petit garage de moto installé dans la banlieue. Rendez-vous des motards voyageurs, Dakar Motos est une source de rencontres et de renseignements bienvenus, autant pour ceux qui arrivent en Amérique du Sud que pour ceux qui la quittent.
Le soleil commence à descendre à l’horizon. Les rayons orange pénètrent dans l’atelier par la porte ouverte. Le ventilateur brasse inlassablement l’air chaud. Nous sommes nombreux, venus de différents pays, mais ayant tous la même passion du voyage et de la moto.
Nous avons retrouvé ici Don et Marty. Deux américains du Colorado avec lesquels nous avions fêté le nouvel an. L’un des deux a cassé sa moto et ils s’affairent à extraire le moteur du cadre de la KLR.
Il y a Ludovic, qui vient de Slovaquie sur une 650 GS pour faire un voyage en Amérique du Sud. Très discret, il passe le plus clair de son temps sur son lit en compagnie de son ordinateur afin d’alimenter son blog.
Et puis, il y a Glen, qui vient du Canada et qui est moniteur de parapente, puis il y a Carol et Ken, un couple qui vit de temps à autre, entre deux voyages, à Brisbane. Ken a passé sa journée à remettre en état la roue arrière de sa 80 GS.
Et puis, nos deux préférés : Mathias. Suisse. D’une gentillesse incroyable. Il parle on ne sait combien de langues (mais pas le français). Il attend lui aussi que sa Transalp parte pour la Nouvelle Zélande. Le soir, après son « pétard » quotidien, un rien l’amuse. En plus, c’est communicatif, tout le monde rigole en le voyant rire…
Et enfin, ce bon vieux Chuck. Chuck, le texan, avec sa démarche et son accent de cowboy. Lui aussi était à Ushuaia. Il comptait juste faire une étape ici avant de continuer son voyage vers le Brésil. La boite de sa 100 GS en a décidé autrement. Elle est posée là, sur l’établi, à prendre elle aussi la couleur orangée de la lumière du soir, en attente de pièces que Chuck espère recevoir chaque jour. Et puis petit à petit, nos différents problèmes trouvent des solutions. Il est même temps d’aller livrer la moto au transitaire à l’aéroport. A peine arrivé dans la zone de fret, tout va très vite. La moto est pesée, dépouillée de ses rétroviseurs, de la bulle et du porte bagage. Le réservoir est pratiquement vide, il ne nous reste plus qu’à déconnecter la batterie. Nous allons laisser quelques équipements et nos casques avec la moto. Toujours çà de moins à transporter avec nous quand nous allons prendre l’avion. Le douanier vient contrôler le numéro de série, les bagages, et en trente secondes nous avons son feu vert pour verrouiller nos coffres, recharger le matériel de camping. Aussitôt, la moto est sanglée sur une palette en bois et enveloppée de deux couches de plastique qui la font ressembler à un gros bonbon à l’orange. Etiquettes diverses et un élévateur enlève le paquet prêt à l’expédition. Tout parait très simple et dérisoire une fois que l’on a la ou les solutions. Et pourtant, chaque fois c’est la même histoire qui se répète. Trouver le bon transitaire n’est pas aisé.
Une journée entière pour faire enfin un petit tour dans le centre de Buenos Aires. Malheureusement, la pluie vient gâcher cette ultime visite sur le continent américain.
Il ne nous reste plus qu’à prendre l’avion à notre tour et vous donner rendez-vous très prochainement sur le continent de la terre rouge, l’Australie !

Salutations !

Chris et Alain
www.motards-nomades.com


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