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Edition 2009-07-29 23:53:29
c\'Ă©tait l\'Indochine

La route suit pratiquement le cours du Mékong qui sert, la majorité du temps, de frontière entre le Laos et la Thaïlande, et ce, sur des centaines de kilomètres. Nous roulons plein Sud avec pour point de mire Veun Kahn, le poste frontière lao qui devrait nous permettre d’accéder au Cambodge (différentes infos contradictoires circulent sur la possibilité de passer d’un pays à l’autre par cette route, et c’est donc dans le doute que nous avançons). Mais notre chemin va toutefois être ponctué de petits détours touristiques agréables, malgré la moyenne kilométrique journalière importante que nous nous imposons. Il faut dire que le Laos regorge de sites touristiques qui justifieraient un voyage beaucoup plus long.

 

Un détour vers l’un de ces sites, nous fait grimper en altitude et retrouver un peu de fraicheur dont on avait oublié jusqu’à l’existence. Tout comme pour les hommes armés qui réapparaissent tout au long de la route, un peu comme en Amérique centrale. Nous avions perdu l’habitude… Entourées de plantations de café et de thé, les deux chutes d’eau les plus hautes du pays se jettent dans la jungle inaccessible que nous dominons. La route est belle. Le trafic de plus en plus fluide. Seuls les animaux qui vivent le long et sur la chaussée font dégringoler notre vitesse tout en nous faisant zigzaguer continuellement. Notre prochaine halte se situe de l’autre côté du fleuve. Les ponts sont très rares à enjamber le Mékong. Pour rejoindre Champasak, sur la rive droite, il nous faut prendre un bac. Encore un de ces engins flottants qui de prime abord n’engagent qu’une confiance très modérée. Pensez un peu : un pont fait de planches en plus ou moins bon état posé sur trois coques de récupération. Le système « D » n’est pas une particularité française. Loin de là ! Mais le problème, c’est qu’ici, çà ne fonctionne pas à tous les coups. Pour témoin, notre traversée. Bon, nous n’avons pas chaviré pendant la traversée, le voyage ne s’est heureusement pas terminé ici la moto au fond du Mékong, mais il a quand même fallut trois quarts d’heure à notre embarcation pour quitter le rivage. Dans un souci de rentabilité maximum, le responsable a fait embarquer un camion de trop. Résultat, une coque repose sur le fond et le moteur n’est pas assez puissant pour dégager l’ensemble. Il faudra un deuxième « navire » pour nous dégager de cette mauvaise passe.

 

Mais alors, pourquoi s’entêter à aller de l’autre côté ? Simplement parce que Champasak est le petit village qui sert de point de base pour aller visiter un site inscrit au patrimoine mondial : Wat Phou, vestiges de la civilisation Khmer.

 

Le site se trouve au pied et à flanc d’une colline. Il faut escalader de hautes marches en plus ou moins bon état pour rejoindre les monuments les plus hauts, encombrés de végétation. De nombreux cerclages ou étais empêchent les bâtiments de s’écrouler. La chaleur est aussi intense que l’effort exigé pour savourer, du haut du site, le panorama qui se déroule à nos pieds. Les monuments avec de vastes bassins, le village, les rizières, et là-bas, tout au fond, le Mékong. Quelques bonzes se baladent, « enveloppés » de leur toge safran, à travers les ruines comme de furtifs rayons de soleil.

 

Après l’effort, une assiette de riz accompagnée de quelques légumes avalés dans une gargote au bord de la route et en compagnie de trois jeunes français en balade dans la région prend des allures de repas gastronomique.

 

Nous pensions que le Mékong était navigable sur toute sa longueur. Les chutes de Pha Peng sont là pour nous prouver le contraire. On les appelle ici « les chutes du Niagara du Laos ».

 

A force de rouler, nous arrivons en fin d’après midi au poste frontière. Si nous y avons la confirmation que nous pouvons bien rejoindre le Cambodge par cette route, il s’avère aussi qu’il n’y a ici aucun hébergement pour cette nuit qui arrive, sans plus de bureau de change pour y transformer nos kips en riels. De plus, il n’est pas question de franchir une frontière en fin de journée. Ne sachant jamais combien de temps vont prendre les formalités et ne sachant pas ce que nous allons trouver de l’autre côté, nous rebroussons chemin. Nos kips, qui ne valent strictement rien hors du Laos, vont nous permettre de nous loger et manger ce soir dans un « resort de luxe ». Une jolie chambre dans un bungalow en bordure du Mékong pour l’équivalent de 25 US $. Ce n’est pas tous les jours !

 

Les formalités ont été très rapidement expédiées. Nous sommes au Cambodge. Le paysage est désolé, dévasté. La route déserte. Il ne reste plus rien des forêts surexploitées si ce n’est d’énormes souches retournées au milieu d’un sol labouré. Un paysage d’apocalypse d’après guerre. Il faut attendre d’avoir parcouru deux cent kilomètres de plus, pour retrouver un peu d’humanité. Les maisons en bois du Laos sont remplacées ici par des cabanes construites avec des matériaux de récupération. Nous avons encore franchi une étape dans la pauvreté. Paradoxalement, la gentillesse des gens que nous rencontrons est encore plus évidente. Plus loin, les rizières refont leur apparition. Le paysage parait plus maitrisé, les motos aussi refont leur apparition. Elles semblent remplacer les camions tellement leurs chargements sont impressionnants autant qu’hétéroclites. Par exemple, des jeunes à moto transportent tous les jours, et sur une cinquantaine de kilomètres, des planches de 6 mètres ou autres madriers et poutres.

 

Nous nous souviendrons longtemps de notre arrivée à Phnom Penh. La petite route étroite et défoncée qui longe le Tonlé Sap, avant que celui-ci ne se jette dans le Mékong, en plus d’être encombrée, laisse à penser que nous nous sommes trompés de direction au dernier croisement. Ce n’est quand même pas là, la route principale d’accès à la capitale ?

 

Eh bien oui. La carte routière nous le confirmera plus tard. Pour le moment, la pluie nous empêche de la consulter. La nuit est tombée depuis un bon moment déjà et la circulation est dense en plus d’être dangereuse. Nous revient à l’esprit, à ce moment, notre voyage en Inde en 2004, où nous avons eu l’impression de lutter en permanence sur les routes pour rester vivants. Ici, la règle est simple : On klaxonne pour prévenir que l’on double, surtout sans lever le pied de l’accélérateur (genre si tu freines tu es un lâche), et après, c’est le plus gros qui gagne. A ce jeu là, nous n’avons guère d’atouts en main… De plus, ce sont plus de 600 kilomètres que nous venons de parcourir depuis notre départ ce matin et la fatigue commence à se faire sentir… Il ne reste plus qu’à affronter la circulation d’une ville d’au moins 2,5 millions habitants pour trouver de quoi garer la moto et, accessoirement, pour nous, une chambre pour la nuit.

 

Notre programme dans cette ville était assez simple et « léger ». Après une visite à l’ambassade de France afin de connaitre la procédure de renouvellement de nos passeports qui sont presque pleins, nous devions nous contenter de la visite du palais royal au centre ville et des monuments qui l’entourent. C’était sans compter la rencontre avec un chauffeur de tuktuk, qui par facilité pour ses clients, se fait appeler Peter. C’est lui qui va nous faire plonger dans l’histoire récente de son pays. Il faut dire qu’il a vécu cette période alors qu’il avait dix ans. Ses parents et trois autres membres de sa famille ont été assassinés par Pol Pot, et lui, a subit tortures et travail obligatoire. Il va nous guider au cours des visites du mémorial du génocide (construit à l’endroit même où des charniers ont été découverts) et de cette école qui avait été transformée en prison. Cellules, chaines, instruments de torture, photos, commentaires… Tout est fait pour remettre le visiteur dans l’ambiance qui régnait ici il y a, seulement, une trentaine d’année. La visite du palais royal, vous vous en doutez, sera beaucoup plus agréable…

 

Ici aussi de nombreuses traductions en français nous rappellent que l’Indochine, c’était bien ici, et il n’y a pas si longtemps non plus ! Une autre histoire.

 

Quelques centaines de kilomètres plus loin, c’est une douche froide qui nous attend à l’entrée du célèbre site Khmer d’Angkor. Le site est éparpillé sur des hectares et sillonné par des routes ouvertes à la circulation. Normal, des gens vivent ici. Mais voilà, nous n’avons pas le droit de conduire sur ces routes si nous ne sommes pas en possession d’un permis de conduire cambodgien. C’est une loi, officiellement décrétée, car les étrangers sont considérés comme ayant beaucoup d’accidents (!!!???). Quand on est confronté, sur les routes, aux conducteurs locaux, il y a quelques questions que l’on peut se poser. Bon, à 15 dollars la journée payée à un chauffeur de tuktuk pour se faire conduire dans Angkor, nous avons vite un élément de réponse.

 

Tout cela n’enlève rien à la beauté des lieux. De temples presque en parfait état, à d’autres dont les pierres sont enserrées dans les puissantes racines d’arbres multi-centenaires, il faudrait encore au moins une semaine pour découvrir seulement l’essentiel. Notre pilote du jour nous conduit d’un site à l’autre. Pendant que nous crapahutons au milieu des vieilles pierres sous une chaleur accablante, lui passe à l’arrière de son tuktuk et il dort en nous attendant.

 

Et pour crapahuter, nous avons notre dose. Des marches de géant, la pluie bien sûr, et toujours le temps qui passe trop vite.

 

La ville de Siem Reap, au Sud du site sert de point de base pour la visite. Ce doit être la ville la plus riche du Cambodge. Mais il suffit de faire quelques petits kilomètres encore pour voir le vrai visage de la vie ici. Sur les berges du lac, les gens vivent dans de modestes cabanes plantées dans la boue. Le contraste est saisissant.

 

La route qui conduit à la frontière thaïlandaise est un ruban de goudron tout neuf et large parcouru en une paire de petites heures, alors que l’on nous avait prédit une galère d’une demi-journée. A l’horizon, encore un cycliste « fou ». Rencontre avec Edouard, le québéquois qui traverse l’Asie du Sud Est sur son vélo. Malgré la difficulté, ce dernier est d’une incroyable bonne humeur. On se reverra, c’est sûr !

 

Si ce n’était que nous nous trouvions à la frontière au moment de la sieste des douaniers, les formalités sont encore rapidement expédiées.

 

Nous sommes de retour en Thaïlande, mais avec encore, un bon bout de chemin qui nous attend pour arriver chez Bertrand qui va nous recevoir pendant quelques jours à proximité de Rayong.

 

Bertrand. Encore un aventurier. Spécialiste du textile, il n’a pas hésité à s’expatrier pour exercer son métier qui le passionne. Et quand, par exemple, alors qu’il est en vacances en France, il ne trouve rien de mieux, pour retourner à son poste à l’usine des casques Shark implantée en Thaïlande, que de rejoindre Delhi, en Inde, à moto et en moins de cinq semaines (il est impossible de relier l’Inde à la Thaïlande par la route à cause du Myanmar d’un côté et de la Chine de l’autre)… Il serait tellement simple de prendre l’avion…

 

Passionnante visite de l’usine, préparation de notre départ vers le Népal, et retour à Bangkok au milieu d’immeubles au design futuriste, d’un dédale de centres commerciaux reliés les uns aux autres par le métro aérien, et où tout va très vite.

 

La moto est équipée d’un pneu arrière neuf en même temps qu’elle subit une bonne révision avant de se retrouver dans une caisse, prête à prendre le chemin de l’Himalaya, nous trouvons des billets d’avion pour Kathmandou, nous faisons quelques achats de matériel, nos passeports reçoivent le visa pour le Népal…. Toujours pas le temps de s’ennuyer !

 

Mais avant de nous envoler, une dernière rencontre nous attend ici. Marie et Brian, encore des québéquois, qui font aussi un tour du monde à moto. Eux tournent dans l’autre sens et nous nous croisons ici. Une soirée ne sera pas de trop pour faire connaissance, et échanger un tas d’informations qui faciliteront l’avenir proche des uns et des autres.

 

Il ne nous reste que le temps de quelques visites avant d’embarquer à nouveau pour un autre monde. Au vu des photos et vidéos entrevues sur l’ordinateur de Marie et Brian, il y a de grandes chances que notre voyage reprenne un goût d’aventure sous peu de temps.

 

Nous ne manquerons pas de vous faire parvenir quelques images du haut de la plus haute route du Monde, si toutefois, le yéti nous laisse accéder jusque là haut, au cœur de l’Himalaya…

 

 

Nous espérons donc, très bientôt vous envoyer aussi, un peu de fraicheur alors que vous serez en plein été et certainement, les doigts de pieds en éventail avec une paille dans la limonade fraiche.

 

 

Chris et Alain

 

www.motards-nomades.com

 


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