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Contenu de la lettre d'information
Edition 2009-09-19 11:50:14
Moments sombres

Nous roulons vers Sisteron. La voiture file silencieusement sur le revĂŞtement parfait de l’autoroute. Quel contraste avec la semaine dernière !
Eh oui, déjà presque une semaine que je suis moi aussi de retour en France après plus de quinze mois d’un voyage extraordinaire. Derrière nous, la remorque avec comme chargement une caisse qui semble venir d’une autre époque. La moto a tardé à arriver en France et nous venons de la récupérer à l’aéroport de Marseille.
Je pensais que notre passage à la maison n’allait durer qu’une semaine, tout au plus une dizaine de jours. Le temps de nettoyer, réviser, réparer la moto, faire un petit bilan de santé chacun, mettre à jour quelques formalités administratives, remettre en état le matériel et les équipements qui ont le plus souffert et organiser notre transfert vers l’Afrique du Sud. Si certains de ces projets se réalisent très vite et facilement, il ne va pas en être de même en ce qui concerne la moto.
Suite Ă  deux jours de travail qui lui ont redonnĂ© un peu du lustre perdu au fil de routes pas toujours faciles, nous pensions qu’après l’échange des pièces dĂ©fectueuses et Ă©tant revenus Ă  une altitude plus « humaine Â», tout allait rentrer dans l’ordre et qu’il n’y aurait plus, après quelques kilomètres d’essai, qu’à mettre la moto en caisse en vu du prochain transfert aĂ©rien. C’était sans compter sur les caprices imprĂ©visibles de la BMW. Si cette dernière dĂ©marre au Â« quart de tour Â» et fonctionne très bien Ă  haut rĂ©gime, il n’en est pas de mĂŞme au ralenti oĂą le moteur tourne comme une patate.
Coup au cœur et au moral.
C’est l’hiver austral en Afrique du Sud. La meilleure saison pour y voyager à moto avec l’équipement adéquat sur le dos sans souffrir de la chaleur. Si nous voulons en profiter, il va falloir découvrir la cause de ce disfonctionnement dans les plus brefs délais.
Il s’engage alors une « lutte Â» qui va mettre Ă  rude Ă©preuve notre patience, notre santĂ© et surtout notre moral. En effet, pendant trois semaines nous allons passer de longues heures au garage Ă  la recherche de cette panne qui semble jouer Ă  cache cache avec nous. Tout le monde s’y met. Les amis viennent Ă  la rescousse, qui avec une autre moto pour intervertir des Ă©lĂ©ments, qui avec de l’outillage sophistiquĂ©, qui avec simplement sa bonne volontĂ© et son rĂ©pertoire tĂ©lĂ©phonique pour aider ou conseiller… Des centaines de kilomètres de route et pas mal de coup de tĂ©lĂ©phone plus tard, rien n’y a fait. C’est le dĂ©couragement qui s’installe.
L’été qui règne ici, le confort de la maison, les bons repas retrouvés (tout comme les kilos), la famille et les amis qui nous entourent, rien n’y fait. Le moral est dans les chaussettes. Notre présence ici n’est pas dans l’ordre des choses et nous n’apprécions rien. Nous devrions être en Afrique du Sud, dans notre voyage.
Nous pourrions en profiter pour nous reposer, mais l’angoisse de cette panne et du temps qui nous file « entre les doigts Â» ont plutĂ´t tendance Ă  nous donner des insomnies. Nous ne sommes pas oĂą nous devrions ĂŞtre et c’est une situation difficile Ă  vivre. Après tant d’annĂ©es de rĂŞve, tant d’annĂ©es de prĂ©paration, tous les efforts dĂ©ployĂ©s pour arriver Ă  vivre ce voyage, il semble que tout s’écroule avec malgrĂ© tout cette impression d’être seul face Ă  ce problème qui paraĂ®t insoluble. MĂŞme si le voyage que nous venons de vivre est dĂ©jĂ  en lui mĂŞme extraordinaire par sa diversitĂ©, sa longueur, ses rencontres, il manque l’Afrique. Et puis prendre de la disponibilitĂ© pour rester Ă  la maison, avouez que ce n’est pas terrible alors qu’il y a tellement de choses Ă  vivre…lĂ -bas !
La date de fin de validitĂ© de notre carnet de passage en douane, suite Ă  tout ce temps perdu, ne nous permettra pas d’effectuer le parcours prĂ©vu sur ce dernier continent. Encore une fois il faut prendre des dĂ©cisions Ă©nergiques, mais tout en Ă©tant prudent. En effet, chaque dĂ©cision a des consĂ©quences budgĂ©taires importantes. Et mĂŞme si nous avions bien prĂ©vu une colonne « imprĂ©vus Â» dans notre budget prĂ©visionnel, cette dernière est bien entamĂ©e pour ne pas dire plus…
Dans la liste des dĂ©cisions « Ă©nergiques Â», on commence par aller Ă  la douane faire viser le fameux carnet. Il est dĂ©sormais inutilisable. Il va nous falloir en demander un nouveau (nous disposerons alors de plus de temps pour notre voyage africain), une fois la moto rĂ©parĂ©e. Et c’est cette dernière qui fait l’objet d’une autre dĂ©cision « Ă©nergique Â». Si rien n’y a fait jusqu’à prĂ©sent et que tous les Ă©lĂ©ments impliquĂ©s dans l’allumage ou l’injection fonctionnent, il va certainement falloir faire front Ă  une vraie panne mĂ©canique. Et pour en avoir le cĹ“ur net, il ne reste qu’une solution : DĂ©culasser.
C’est chose faite.
Tiens, il y a bien une soupape d’échappement dont le contour est tout calaminé… Et si elle fermait mal ? Et si c’était elle l’origine de ce ralenti capricieux ? Les milliers de kilomètres parcourus avec du carburant de mauvaise qualitĂ© auront eu raison de quelques soupapes et leurs sièges.
AussitĂ´t l’espoir renaĂ®t. Pourrait-on enfin envisager une date de re-dĂ©part ? C’est bien Ă  cela que nous pensons une fois les culasses prĂŞtes et les joints neufs rĂ©unis. Il suffit de remonter. Et c’est Ă  ce moment que le sol semble s’écrouler sous nos pieds. Un patin de tendeur de chaĂ®ne de distribution est cassĂ© et nous ne l’avions pas vu. Encore cinq jours minimum avant d’avoir la pièce… Mais quand en plus on nous annonce qu’il faut ouvrir le moteur pour changer cette pièce… LĂ , nous touchons le fond !
Heureusement, que le mĂ©cano en question s’est juste trompĂ© de cĂ´tĂ© du moteur, et qu’il ne faudra pas en arriver Ă  cette extrĂ©mitĂ©. A la fin de la semaine, le moteur fonctionne enfin parfaitement. Grand « ouf Â» de soulagement !
Il suffit maintenant de faire quelques kilomètres pour pouvoir resserrer les culasses avant le départ.
Col de Larche, col de la Lombarde, col de la Bonnette pour un peu d’altitude, un peu de pluie aussi pour ne pas perdre l’habitude, tout va pour le mieux !
Envoi du dossier de demande du nouveau carnet de passage en douane, et on rajoute encore une couche de poisse.
Comme si tout ce temps perdu ne suffisait pas, la personne qui s’occupe des carnets à Paris est en vacances et n’est pas remplacée… Il nous faut encore attendre et attendre encore.
L’Afrique, dans de tels moments, parait loin, très loin !
 
Paradoxalement, alors que nous nous trouvons dans les meilleures conditions possibles et sans savoir ce que nous rĂ©serve la partie Africaine de notre voyage (tout en Ă©tant bien conscient que cela va ĂŞtre un gros morceau de mauvaises routes et d’insĂ©curitĂ©), nous venons de vivre les moments les plus sombres de notre voyage. Deux gros mois de perdus !
 
Bon, allez, refaire les bagages, mettre la moto en caisse, synchroniser deux billets d’avion, le transport de la moto et un hĂ©bergement Ă  Johannesburg. Ce devrait ĂŞtre pour dans quelques jours … enfin !
Et si nous vous envoyions la prochaine newsletter ou une vidĂ©o en direct du parc Kruger ? Ce serait sympa non ?
 
Allez, on y croit !
Bonne continuation Ă  tous, et Ă  bientĂ´t.
 
Chris et Alain
www.motards-nomades.com
 
         

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