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Edition 2009-11-16 09:23:36
mille et une facettes

Nous roulons plein Ouest. A notre droite une chaĂ®ne de montagnes pelĂ©es qui paraissent ĂŞtre expulsĂ©es du sol tellement elles montent vers le ciel bleu. A notre gauche, de temps Ă  autre, l’ocĂ©an Indien qui avec l’aide du vent embrume le panorama. La route traverse Ă  tour de rĂ´le des forĂŞts de mimosas, d’eucalyptus ou du maquis. Avec la chaleur il se dĂ©gage de cette vĂ©gĂ©tation des odeurs enivrantes. Des ponts enjambent de petits mais profonds canyons qui vont finir dans l’ocĂ©an. Après quelques vĂ©rifications infructueuses de la moto Ă  Port Elizabeth, notre route a repris. Les kilomètres dĂ©filent aussi vite que les jours. Il y a tellement Ă  voir, tellement Ă  faire… Nous avons hĂ©sitĂ© Ă  quitter la N2 qui nous conduisait tout droit vers Cape Town. Nous avions entendu parler d’une petite ville, non loin d’ici, qui serait la capitale de l’autruche. Un petit dĂ©tour s’impose donc. Nous quittons cet axe encombrĂ© Ă  la veille du week-end. AussitĂ´t la route monte Ă  l’assaut de ces montagnes que nous longions depuis plusieurs centaines de kilomètres. Route au revĂŞtement parfait, large avec de grandes courbes et qui, en quelques encablures nous propulse Ă  800 mètres d’altitude. Le col, comme par enchantement nous fait basculer dans un tout autre paysage. Nous laissons derrière nous les vertes prairies accrochĂ©es aux pentes des montagnes pour plonger dans une rĂ©gion Ă  la vĂ©gĂ©tation aride. AussitĂ´t dans la plaine, des parcs apparaissent. Nous allons très vite apercevoir les occupants de ces enclos. Des autruches. Beaucoup d’autruches. EnormĂ©ment d’autruches ! MĂŞme si nous nous y attendions, c’est impressionnant ! DrĂ´le de bestioles que l’on croirait Ă©vadĂ©es de la prĂ©histoire avec leurs drĂ´les de pattes, leurs ailes atrophiĂ©es, leur coup sans fin surmontĂ© d’une tĂŞte qui doit contenir un cerveau complètement disproportionnĂ© par rapport Ă  la taille de l’oiseau. Vous avez dĂ©jĂ  regardĂ© une autruche dans les yeux vous ? Quand vous voyez ces grands yeux doux, vous ne pouvez Ă©viter un sentiment de regret sachant que ces volatiles sont destinĂ©s Ă  l’abattoir… Bon, je vous rassure, une heure après, en dĂ©gustant un steak cuit Ă  point de l’animal en question, on a moins de compassion !
Avant de reprendre la route, un rapide coup d’œil Ă  la carte. Bien jouĂ©, on peut prendre une petite route qui va nous Ă©viter quelques kilomètres. « Route 62 Â» gravĂ© en toutes lettres sur un panneau monumental. Et le logo de la route… Etrange. Il ressemble aux sigles des routes des USA. Nous allons vite comprendre que la petite route 62 du fin fond de l’Afrique veut se donner des airs de route 66. Et il faut dire qu’elle y parvient très bien ! Paysage aride, vĂ©gĂ©tation rare et exotique, canyons et gorges, des Ă©oliennes auxquelles le vent a dĂ»t faire perdre la tĂŞte, non l’hĂ©lice, de grandes ligne droites… L’illusion est parfaite. Enfin presque. Car ici, hormis quelques vieux murs de terre que le vent et les rares pluies auront tĂ´t fait de ramener Ă  l’état de poussière, pas de ville ou village fantĂ´me. Bien au contraire. Les pauses sont des plus sympathiques dans les petites agglomĂ©rations qui longent cette voie d’un autre continent. Et les autochtones ne s’y trompent pas. Groupes de motos et de voitures amĂ©ricaines des annĂ©es 60 se succèdent. Quand on vous dit que l’Afrique du Sud dĂ©payse ! Difficile d’imaginer Ă  quel point ! Car ce n’est pas fini. Notre destination, aujourd’hui, le point le plus au Sud de l’Afrique. Eh non, pas le cap de Bonne EspĂ©rance… Non, le cap d’Aguilhas. Un peu plus au Sud que le premier nommĂ©. Pour y parvenir, de vastes plaines recouvertes de champs immenses oĂą les moissons se terminent Ă  grand renfort de moissonneuses batteuses dernier cri. Un peu plus loin, surprise. Au dĂ©tour d’une petite ville, le paysage, encore une fois se mĂ©tamorphose. Beaucoup d’oiseaux qui courent devant la moto ou volent au dessus de nos tĂŞtes et des marĂ©cages. Les enclos immenses renferment cette fois des troupeaux de chevaux. Et cette sensation de traverser un coin de Camargue… Comme l’impression doit ĂŞtre parfaite, ce sont les maisons aux murs blancs et surmontĂ©es de toits de chaume qui viennent parfaire le dĂ©cor. Etonnant. Etrange mĂŞme ! On en viendrait Ă  se croire au pays des mille et une facettes !
L’heure tourne et tourne toujours. Le soleil descend. Le temps de planter la tente dans un camping au bord de l’ocĂ©an et nous parcourons les derniers kilomètres qui nous mènent en quelque sorte au bout du bout : Le fameux cap Aguilhas. Non seulement le point le plus au Sud de l’Afrique comme nous le disions plus haut, mais en plus les gĂ©ographes ont dĂ©cidĂ© que c’est ici que se rencontrent l’ocĂ©an Indien et l’ocĂ©an Atlantique. Un monument symbolise ces particularitĂ©s. Un petit trait tracĂ© dans le bĂ©ton en direction de l’Antarctique, plus prĂ©cisĂ©ment du pĂ´le Sud nous permet de visualiser la leçon de gĂ©ographie. Et c’est simplement comme cela, que ce soir, nous assistons Ă  un couchĂ© de soleil inhabituel pour nous : Le soleil se couche sur deux ocĂ©ans.
Nous les avions aperçues au Cap Cod au tout dĂ©but de notre voyage. La mer Ă©tait mauvaise, le ciel gris, bref pas de quoi motiver les baleines Ă  faire de grands sauts ou autres pitreries. Ici, Ă  Hermanus, Ă  quelques kilomètres de Cape Town, nous avons passĂ© une journĂ©e Ă  les regarder bondir hors de l’eau, faire des cabrioles ou tout simplement dire bonjour de loin, d’un petit geste de nageoire. Incroyable ! Du centre ville, juste installĂ©s confortablement sur les bancs amĂ©nagĂ©s sur les rochers bordant la baie, sans prendre un quelconque bateau, sans se mouiller… Et en plus, sans avoir Ă  sortir un rand. C’est qu’ici, comme partout, le plus souvent l’accès Ă  la nature est payant. Et comme la vie n’est pas donnĂ©e de ce cĂ´tĂ© ci de l’Afrique, on apprĂ©cie pleinement le spectacle que nous donnent les cĂ©tacĂ©s. Juste une chose : la prochaine fois, un peu plus près de la cĂ´te… Juste pour les photos.
Une petite balade en Bretagne ou en Patagonie, çà vous dirait aujourd’hui ? C’est un peu notre programme Ă  quelques dĂ©tails près. Nous Ă©vitons de nous engager dans Cape Town ce matin, en suivant la route cĂ´tière. De gros rochers, le long de la cĂ´te nous rappellent Perros Guirec, si ce n’est que la faune locale est constituĂ©e de pingouins… du Cap (on s’en serait doutĂ©). Ces derniers se prĂ©lassent au soleil semblant ne pas apprĂ©cier vraiment la tempĂ©rature de l’eau. Ils iront prendre un bain quand vraiment la faim les gagnera. Bonne chose pour nous qui pouvons les observer Ă  loisir. Le cap de Bonne EspĂ©rance n’est qu’à une vingtaine de kilomètres. Bonne idĂ©e de balade pour finir la journĂ©e. VoilĂ  le genre d’endroit oĂą nous attendons de pouvoir aller pendant des annĂ©es, et quand nous sommes sur place nous n’y restons que deux petites heures. Il faut dire que le vent qui souffle ici n’a rien Ă  envier Ă  celui de Patagonie. A cause de lui, il nous faut prendre milles prĂ©cautions avec la moto, les casques… Tout peut se retrouver par terre très vite en une seule rafale de vent. Nous aussi d’ailleurs… Faire quelques photos, ou essayer de les faire afin d’immortaliser ce moment et fuir au plus vite. Pas vraiment le genre d’endroit oĂą nous avons envie de nous Ă©terniser malgrĂ© la beautĂ© on ne peut plus sauvage du site. Nous fuyons les embruns pour revenir Ă  un climat plus serein Ă  l’abri des montagnes.
Cape Town. Ce matin nous y allons. Nous choisissons la côte Ouest du cap pour y arriver. Choix judicieux car non seulement nous évitons les encombrements de l’autre côte, mais en plus nous roulons sur la Chapman Peak road. Une route en corniche qui surplombe l’océan Atlantique, qui, ici, a des couleurs de lagon tropical.
La ville semble paisible et agrĂ©able. Manque de bol, la raretĂ© des places de camping et les coĂ»ts exorbitants des chambres vont nous priver d’un sĂ©jour ici. Dommage, il y avait tellement de choses Ă  voir… Nous partons Ă  regret un peu comme Ă  Vancouver l’an passĂ©. A ce moment du voyage, c’est la route vers le Nord que nous prenons. En d’autres termes, la route de l’Europe et plus prĂ©cisĂ©ment de la France. Certes, encore quelques kilomètres nous en sĂ©parent, mais çà sent le retour… Notre prochaine Ă©tape se situe au Nord Ouest du pays. Pour l’atteindre, ce sont quelques centaines de kilomètres qu’il nous faut parcourir. Au plus nous avançons, au plus il fait chaud. Nous nous rapprochons Ă  nouveau du tropique du Capricorne. Il fait entre 36 et 39 degrĂ©s. Lors d’une halte, nous dĂ©gustons quelques nectarines Ă  cotĂ© d’un sapin de NoĂ«l. Contrastes. Nous sommes un peu pressĂ©s par le temps ce soir. Nous n’avons toujours pas trouvĂ© un endroit oĂą planter notre tente et le soleil descend très vite. Alors que nous franchissons un Ă©nième col, impossible de ne pas s’arrĂŞter. La lumière du soleil couchant embrase toute la vallĂ©e et lui donne des airs de Monument Valley en Arizona. A croire que nous pourrions faire un tour du Monde sans sortir de l’Afrique du Sud ! Sans parler de ce col, ou exception faite de la rare vĂ©gĂ©tation, nous pourrions affirmer avoir roulĂ© sur la lune… C’est vrai, il fait très chaud… Mais c’est juste pour vous dire Ă  quel point ce pays est inattendu et dĂ©paysant…
Que dire quand les vignes remplacent les plantations de citronniers ou orangers en plein cĹ“ur d’une rĂ©gion aussi aride que l’Ouest de l’Australie simplement parce que coule ici l’Orange river?
Le parc Kgalagadi que nous souhaitions visiter avant de rejoindre la Namibie, est interdit aux motos. Dernières balades sur les routes de ce pays si attachant avant de le quitter dĂ©jĂ . Nous suivons la ligne Ă©lectrique oĂą les oiseaux ont construit de gros nids sur chaque poteaux, nous apercevons encore quelques quivers qui font penser Ă  des arbres prĂ©historiques (eux aussi !) et la route nous mène directement Ă  la frontière.
La moto semble enfin avoir trouvé son rythme, et nous roulons sereinement vers d’autres destinations.
 
Encore une fois, nous vous envoyons un peu de la chaleur du dĂ©sert du Kalahari qui pointe ses Ă©tendues devant nos roues, alors que le froid, doit en ce moment envahir la France.
 
A bientĂ´t !

Chris et Alain

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