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Edition 2009-11-26 14:44:18
entre océan, désert et désert

Tout autour de nous n’est qu’ariditĂ©. Le dĂ©sert du Kalahari pointe son nez. Nous venons de changer de pays, mais le paysage continue de nous offrir une plaine sans fin couverte de plantes rabougries. La frontière n’y a rien changĂ©. C’est avec impatience que nous attendons d’arriver Ă  la première ville de Namibie qui va se prĂ©senter sur notre route afin de savoir Ă  quoi ressemble la vie ici. Nous l’avons bien senti au poste frontière, nous faisons un pas de plus vers l’ Â« Afrique Â». Il n’y a pour ainsi dire personne sur cette route rectiligne. La chaleur semble nous Ă©craser sur le bitume et ce n’est pas le vent brulant qui va arranger les choses… Le mĂŞme vent, qui par moment soulève de tumultueux tourbillons de poussière. De vastes Ă©tendues sont inoccupĂ©es. Trop inhospitalières. Et puis avec ses seulement deux petits millions d’habitants, la population aurait du mal Ă  remplir un territoire plus grand que la France.
Le bout de poisson et ses frites se font attendre. La nonchalance est au rendez-vous, mais la gentillesse compense l’attente.
Nous empruntons l’axe principal qui coupe le pays en deux et relie l’Afrique du Sud Ă  Windhoek, la capitale de la Namibie. Pas grand monde ici non plus. Nous ne nous y attardons pas plus que quelques dizaines de kilomètres. Sur la cĂ´te Atlantique il parait que les dunes du dĂ©sert de Namibie se jettent dans l’ocĂ©an. Quelques trois cents kilomètres d’une bonne route traversent cet espace qui pourrait paraitre complètement vide. Ici, ce n’est pas  l’Inde. On respire ! On trouve de temps Ă  autre une petite ferme isolĂ©e quand une source ou une nappe d’eau Ă  permis Ă  la vie de s’implanter. Quand on parle d’espace, c’est peu dire. Par exemple, dans le sud du pays, une ferme moyenne, c’est environ 12000 hectares !!! Pour seulement 100 Ă  150 vaches. C’est dire si l’herbe est rare… Bien souvent ces petits ilots de vie sont l’occasion de s’arrĂŞter faire une pause pour manger du biltong (viande sĂ©chĂ©e), des saucisses sèches ou une daube d’antilope locale.
Le mauvais temps semble nous rattraper encore. Le vent est de plus en plus violent. Nous approchons de LĂĽderitz et les dunes sont bien lĂ . La route les traverse mĂŞme. Et ce n’est pas vraiment un paysage de carte postale que nous trouvons en arrivant. Un vent de sable violent rend les vingt derniers kilomètres Ă©prouvants. Le ciel est gris, la route couverte de fins nuages de sable qui semblent se plaire Ă  traverser la chaussĂ©e. A tel point que des passages sont complètement recouverts et que nous les franchissons difficilement. Une petite ville fantĂ´me en bordure d’une zone interdite au public. Exploitation du diamant oblige. Comme un bout du monde. La petite ville aux maisons colorĂ©es est bâtie au fond d’une baie bordĂ©e de rochers. Nous plantons notre tente dans le camping municipal situĂ© sur la presqu’île qui ferme la baie. Nous y sommes les seuls clients. Le vent redouble en rendant la tache difficile. Il nous faut nous accrocher aux sardines ! C’est samedi. 17h00. Les rues sont dĂ©sertes. Tout est fermĂ© et il n’y aura pas le choix pour se nourrir. Pour les dunes illuminĂ©es par la lumière du couchant, il faudra revenir aussi. Les grandes dunes sont bien visibles au Nord de la ville, mais une couche de nuages noirs cache le soleil et le spectacle annoncĂ© est annulĂ©. Nous verrons bien demain… Et pour voir, nous avons vu ! Le vent n’a pas faiblit. Le ciel est noir foncĂ© si l’on peu dire. Il fait froid. DĂ©cidĂ©ment, difficile d’adopter une tenue vestimentaire durable dans cette rĂ©gion. Nous tentons de nous approcher de ces grandes dunes pour lesquelles nous sommes venus jusqu’ici. Mais quand le goudron disparait pour laisser la place Ă  la piste, ce sont encore des projections de sable qui nous assaillent et nous obligent Ă  rebrousser chemin. Que faire d’autre que de fuir Ă  nouveau vers l’intĂ©rieur du pays oĂą nous espĂ©rons une mĂ©tĂ©o plus clĂ©mente ? Des engins ont dĂ©gagĂ© la route de son tapis de sable, mais le vent, inlassablement en remet encore une couche. Il semble toutefois que nous laissions derrière nous les nuages. Un groupe d’autruches court parallèlement Ă  notre trajectoire, Ă  une centaine de mètres de la moto. C’est bien le genre d’image que l’on voit dans les documentaires et que nous ne pouvions pas imaginer vivre. Et pourtant ! Moment magique !
Le rĂ©seau routier de la Namibie est essentiellement constituĂ© de pistes. Des milliers de kilomètres de piste ! Notre prochain objectif, la destination numĂ©ro un des touristes en Namibie : Sossusvlei (Ă  vos souhaits !). Et pour y aller, rien de moins que quelques centaines de kilomètres de piste justement. Et ce n’est pas pour nous dĂ©plaire. Au vu des images de ces dernières que nous avons pu voir dans des reportages, ce doit ĂŞtre plaisant. Sauf que lĂ , nous ne sommes pas dans un reportage mais bien dans le dĂ©sert. Et dans le dĂ©sert, le terrain n’est pas constant. S’il y a bien effectivement, de belles sections bien roulantes, il y a aussi de grandes zones de « tĂ´le ondulĂ©e Â» et, pire, du sable. La moyenne chute Ă  une vitesse vertigineuse. On se rend bien compte que nous ne pourrons pas dormir ce soir au camping du site… Et dans les rĂ©troviseurs, les nuages qui nous poursuivent…   Nous sommes dans une zone oĂą les clĂ´tures ont disparues. Et tout Ă  coup, ce sont cette fois quatre chevaux sauvages (il y en a ici) qui galopent Ă  cĂ´tĂ© de nous, juste Ă  quelques mètres. Quelques centaines de mètres que nous ne sommes encore pas près d’oublier… Tout comme la tempĂŞte qui nous rattrape d’ailleurs ! Une seule solution : quitter la piste, s’enfoncer dans la brousse et y improviser un bivouac. Avec le vent violent, la pluie, la boue et le froid, pas vraiment rigolo… Dire que nous avions trop chaud deux jours auparavant ! A l’abri sous la tente, la mĂ©tĂ©o peut bien faire ce quelle veut. Nous verrons bien demain.
Et le lendemain, justement, c’est un peu le dĂ©couragement. Entre l’état de la piste et la fatigue, nous dĂ©cidons de couper court Ă  cette expĂ©dition et de rejoindre le goudron pour sortir de cette galère. Nous y arrivons en mĂŞme temps que le soleil et la chaleur. Une auberge Ă  l’entrĂ©e du petit village de MaltahĂ´he, avec son jardin emplit de cactus nous attire. Il n’y a pas de hasard. Ce sont deux sympathiques français qui en sont les propriĂ©taires. Le calme alliĂ© Ă  leur gentillesse n’ont aucun mal Ă  nous retenir ici pour y passer une nuit et digĂ©rer l’épreuve passĂ©e. A tel point, que dĂ©s le lendemain, nous reprenons la piste pour nous rendre finalement Ă  ce tas de sable qui attire tellement de monde. Et pour cause : Des dunes immenses aux couleurs ocre que le soleil couchant semble enflammer. Nous avons l’impression d’être au beau milieu d’un immense bac de crème glacĂ©e au chocolat… Il fait chaud, il faut comprendre ! Troupeaux d’autruches, d’oryx, de springboks. Il faut faire attention sur la route. Et l’autruche qui arrive Ă  notre droite pour traverser la route Ă  une paire de mètres devant la moto alors que nous regardons ses copines Ă  gauche, en est bien la preuve. En plus, ces oiseaux lĂ , çà ne doit pas vraiment aimer qu’on lui roule sur les « arpions Â»â€¦ Encore une fois, après un coucher de soleil que l’on peut comparer au bouquet final d’un feu d’artifice du 14 juillet, nous sommes encore les derniers Ă  rentrer au camping, Ă  la nuit noire. Une deuxième Ă©tape rĂ©paratrice Ă  MaltahĂ´he est bien mĂ©ritĂ©e. C’est que la balade se solde par plus de 650 kilomètres de piste. Quand mĂŞme !
Nous Ă©tions dans le « Namib Desert Â». Si nous allions voir de l’autre cotĂ© du pays Ă  quoi ressemble le dĂ©sert du Kalahari ?
Le pneu arrière de la moto n’est plus trop d’accord pour rouler aussi loin dans ces conditions. Il faut dire qu’après 14000 kilomètres depuis Bangkok, il commence à en avoir un peu assez de voir du pays. Surtout dans la position qu’il occupe… Il lui faudra pourtant bien tenir jusqu’à Windhoek (Windouk comme ils disent ici) où se trouve le seul concessionnaire BMW du pays.
C’est incroyable, mais les animaux sauvages doivent certainement aimer la couleur ou la compagnie de notre moto. Car cette fois, c’est un bel oryx qui nous accompagne pour un bout de chemin. Bien assez pour avoir le temps de sortir l’appareil photo et de le « mitrailler Â» dans sa course avant qu’il ne saute la clĂ´ture qui longe la route afin de s’éloigner.
Sur la carte Michelin, il semblait qu’en se rendant à Aranos, nous allions nous enfoncer au cœur des dunes du Kalahari. Eh bien cette fois, nous sommes déçus. Les dunes sont bien là. Mais certainement tellement vieilles, qu’elles sont recouvertes de végétation et le paysage n’est pas vraiment celui espéré malgré la couleur presque rouge du sol. C’est un peu comme au poker. Il faut payer pour voir… Et cette fois, le prix à payer pour voir, ce sont trois cent kilomètres de route surchauffée…
Le panneau « Tropique du Capricorne Â» nous surprend malgrĂ© que nous l’attendions. SĂ»r ! Il est placĂ© au moins 4 kilomètres plus au Sud que ce qu’indique notre GPS… Allez, nous faisons comme si nous n’avions rien vu et nous faisons une jolie photo Ă  ces pieds pour immortaliser ce moment exceptionnel pour nous. Comme en Australie, nous constatons que c’est Ă  cette latitude qu’apparaissent les termitières… Elles, ne s’y trompent pas !
Dieter, un « vieux de la vieille Â» pour qui les motos n’ont plus aucun secret mĂ©canique, est le seul mĂ©canicien BMW de tout le pays. Ce n’est pas pour autant qu’il va se stresser le « Didi Â» local. Nous avions pris rendez-vous pour une rĂ©vision dans… Dix jours. Non seulement il nous change notre pneu immĂ©diatement (vu l’état dans lequel il est…), mais en plus il avance notre rendez-vous de quelques jours. Au prix exorbitant oĂą est la vie en Namibie, çà compte. ComprĂ©hensif le Didi !
C’est samedi en dĂ©but d’après midi. Les rues de la petite capitale sont quasi dĂ©sertes (encore une fois). De bons pneus, une moto nettoyĂ©e et quelques jours devant nous, il ne nous reste plus qu’à dĂ©serter la ville nous aussi. Direction l’ocĂ©an Atlantique pour y rendre une dernière visite avant la fin de notre voyage. Après, ce sera la cĂ´te Est de l’Afrique le long de l’ocĂ©an Indien avant de retrouver la MĂ©diterranĂ©e. Mais pour l’heure, ce sont encore plus de trois cent cinquante kilomètres de dĂ©sert, pour arriver au … dĂ©sert qui longe la cĂ´te. Altitude moyenne de 1450 mètres. Plus de 40 bons degrĂ©s. Etouffant. BrĂ»lant ! Puis la cĂ´te se fait sentir. La brume apparait avec la fraicheur de plus en plus prononcĂ©e. Si l’on vous dit que nous sommes Ă  la limite d’avoir froid ce soir Ă  Swakopmund (Ă  vos souhaits ! dĂ©cidĂ©ment, vous avez vraiment pris froid…) ? De quoi attraper un bon rhume ces chauds et froids !
Swa…kop…mund (encore une fois pour s’entrainer !), jolie petite station balnĂ©aire au style allemand prononcĂ©, tracĂ©e au cordeau et d’une propretĂ© inĂ©galable. Encore une fois le soleil se couche bien trop tĂ´t en embrasant la brume qui flotte sur la ville.
Au Nord, la Skeleton Coast, partie intĂ©grante du Namib Desert. Quand le goudron fini, juste Ă  la sortie de la ville, un panneau annonce : « Salt road Â». Ce n’est plus du goudron mais une piste de terre damĂ©e mĂ©langĂ©e Ă  du sel qui prend la suite. Mais pourquoi se lancer dans une balade au milieu de ce vide ? La cĂ´te s’appelle ainsi Ă  cause des nombreux squelettes dont elle est jonchĂ©e. Animaux, humain et mĂŞme de bateaux maintenant. Car comme sur terre avec ceux qui s’aventurent dans le secteur, la mĂ©tĂ©o ne fait pas de cadeau non plus aux bateaux. La brume Ă©paisse est posĂ©e sur un sol infiniment plat. Il fait frais. Presque froid. La piste permet de rouler comme sur une route normale. Nous en profitons pour « cruiser Â» Ă  80-100 kilomètres heure. Nous doublons un village bizarre avec ces maisons multicolores Ă©parpillĂ©es et surmontĂ©es chacune d’un rĂ©servoir d’eau. Les quelques vĂ©hicules que nous voyons sont pour la plupart des 4X4 hĂ©rissĂ©s de cannes Ă  pĂŞche. Un des rares loisirs pour les gens qui vivent ici… Après une heure et demie de piste, nous franchissons le sommet d’une petite colline posĂ©e sur le cap Cross, lĂ  mĂŞme oĂą sont arrivĂ©s les portugais il y a quelques siècles. C’est alors qu’une forte odeur envahie nos narines. Un parking oĂą laisser la moto et un magnifique trottoir en plastique recyclĂ© qui longe la plage et les rochers. A croire qu’il y a un troupeau de moutons Ă  entendre les bĂŞlements qui couvrent presque le bruit des vagues de l’ocĂ©an pourtant bien dĂ©chainĂ©. Il faut se faire violence pour s’approcher tellement ça sent mauvais. Mais quand le pas est franchit, nous nous trouvons face Ă  un spectacle Ă©poustouflant. Une colonie de plusieurs milliers d’otaries vit ici et nous ne sommes qu’à quelques mètres des habitants des lieux. Nous avons tout le loisir de les voir vivre et mĂŞme de faire des photos « Ă  pouvoir compter les poils de leur moustache Â» (vous vous rappelez de la pĂ©ninsule de Valdès en dĂ©but d’annĂ©e ? Eh bien rien Ă  voir !).
Et ce temps qui dĂ©file… Il faut dĂ©jĂ  refaire le chemin dans la direction opposĂ©e. La brume nous privera encore d’un coucher de soleil sur les dunes qui bordent l’ocĂ©an au Sud de la ville. DĂ©cidĂ©ment, la mĂ©tĂ©o aime bien jouer avec nous ! Mais les dauphins qui viennent se promener dans la petite baie face au vieux phare nous offrent un spectacle qui nous rĂ©jouit autant.
Le retour à la capitale pour la révision de la moto aurait pu être complètement banal sans la rencontre de la famille Jelinski, originaire de Bourges et qui fait un tour du Monde en voiture. Comme souvent dans ces occasions, le temps est trop court pour parler voyage et échanger le maximum d’informations.
Une dernière ligne droite vers l’Est Ă  travers le dĂ©sert du Kalahari afin que la Namibie nous offre une dernière image de sa beautĂ© : Deux guĂ©pards traversent la route Ă  quelques mètres devant nous.
Nous quittons ce pays plus tôt que prévu, car malgré tout ce qu’il peut offrir, les prix des hébergements, en particulier des campings, sont complètement disproportionnés par rapport aux prestations offertes et par rapport à notre budget. Dommage.
On se retrouve un peu plus loin… ?
 
Chris et Alain
www.motards-nomades.com
 
 
 
       
 
 


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