TOTAL VISITEURS


NOS PARTENAIRES
Contenu de la lettre d'information
Edition 2009-12-30 04:58:52
Jambo !

Elle est toute petite la station service Ă  l’entrĂ©e de la ville. Pas de queue, pas de cĂ´nes ou d’extincteurs disposĂ©s devant les pompes pour signaler l’absence de carburant. On s’arrĂŞte devant celle de super et l’air de rien, on bĂ©quille, on enlève la sacoche rĂ©servoir et nous ouvrons le rĂ©servoir. Nous, la pĂ©nurie, jamais entendu parler… Quel soulagement et quelle joie quand le pompiste, après avoir mis en place le pistolet nous demande : « le plein ? Â». Ouf ! Allez, la frontière n’est plus qu’à quelques dizaines de kilomètres. Nous avons encore eu de la chance !
Après coup, nous rigolons bien en croisant les camions citernes venus de Tanzanie pour ravitailler le Malawi comme des sauveurs… Nous avons évité les prix exorbitants du marché noir…
Encore une fois, les formalitĂ©s aux frontières ne sont que … formalitĂ©s. Les prĂ©jugĂ©s sur des frontières corrompues en prennent un bon coup. On ne s’en plaindra pas. En plus, cette fois-ci, l’assureur local pour la moto nous propose une carte jaune. L’équivalent de notre carte verte. Plus de souci d’assurance jusqu’en Jordanie !
C’est par une belle route posée sur les crêtes des collines que nous entrons en Tanzanie. De grandes courbes se succèdent au milieu d’une végétation exubérante. Champs de thé, bananiers, manguiers… et un bel orage pour bien arroser ce décor et les deux comiques à moto qui s’y trouvent.
Les enfants qui jouent tout au long de la route nous adressent de joyeux « jambo Â» (salut), malheureusement trop souvent suivi de « donnes moi un dollar, donnes moi un stylo… Â».
Nous imaginions ce pays couvert d’une savane plate du Sud au Nord et nous sommes cernĂ©s de hautes montagnes (mĂŞme si nous y passons des heures, on ne regarde jamais assez les cartes). La route qui va nous conduire Ă  Dar Es Salaam, sur la cĂ´te de l’ocĂ©an Indien, va prendre toutes les formes. Beau revĂŞtement, de temps en temps. En travaux, souvent. CriblĂ©e de trous, parfois. EncombrĂ©e de camions plus ou moins sur leurs roues, eh oui, aussi ! Dangereuse, Ă  cause des ornières creusĂ©es par les poids lourds et des chauffeurs d’autocars qui conduisent comme des malades. Belle, enfin, très souvent grâce aux paysages quelle traverse.
La vallĂ©e des baobabs qui aurait pu ĂŞtre magnifique sans les travaux et les dĂ©chets jetĂ©s par les passagers des vĂ©hicules et qui s’entassent tout au long de la chaussĂ©e (pour le plus grand plaisir des babouins) en fait partie, tout comme le tronçon d’une cinquantaine de kilomètres qui traverse de part en part le parc national de Mikumi. Encore une bonne occasion de cĂ´toyer la faune africaine de très près et Ă  moto, mĂŞme si nos arrĂŞts photos ne plaisent pas vraiment aux rangers qui patrouillent en permanence tout au long de la route. Nous « profitons Â» de « leurs Â» animaux sans laisser un dollar dans la caisse du parc (pour une fois que nous pouvons profiter de la nature sans se faire plumer…). Pas bien çà !
L’arrivĂ©e Ă  Dar, comme ils disent ici, sera plus pĂ©nible. Alors que nous Ă©tions la plupart du temps au dessus de 1500 mètres d’altitude, bĂ©nĂ©ficiant d’une fraĂ®cheur agrĂ©able, l’approche de l’ocĂ©an nous plonge comme dans une Ă©tuve. De plus, le trafic s’intensifie et les derniers kilomètres n’en finissent pas. Camions qui fument, impossibilitĂ© de doubler, embouteillages sont autant de causes de fatigue.
Avant de nous installer dans notre chambre climatisĂ©e, ce sont une « Kilimandjaro Â» et une « Kilimandjaro Â» qui seront les bienvenues. Explication : Le toit de l’Afrique donne son nom Ă  tout. Ce doit ĂŞtre vendeur… Pour l’heure, ce dont il s’agit, c’est d’une bière et d’une bouteille d’eau minĂ©rale… Pour ce qui est de voir cette montagne mythique, il faudra attendre encore quelques jours. Du moins, on l’espère…
Pas terrible Dar. Ville étape encore une fois, mais où nous allons rester un peu plus qu’à l’habitude. En cause, la proximité de l’île de Zanzibar. Pas que nous avions vraiment prévu de nous y rendre. Mais sur les conseils avisés de sidecaristes français étant passé par là il y a quelques mois, et ayant un peu de temps devant nous, nous décidons de laisser encore une fois la moto quelques jours et d’embarquer sur un bateau qui va nous mener à Stonetown, la capitale de l’île aux épices.
Le panneau accrochĂ© sur le ponton de dĂ©barquement annonce : « karibu to Zanzibar Â». Bienvenue.
Si vous n’avez jamais voyagé dans le 19ème siècle, venez donc faire un tour à Zanzibar. A la descente du bateau, règne la même ambiance qui devait baigner le quai à l’arrivée des vaisseaux venant embarquer leur cargaison d’épices ou … d’esclaves.
Il suffit de faire abstraction des vĂ©hicules et de quelques antennes paraboliques disgracieuses en se perdant (plus involontairement que par choix, un vĂ©ritable labyrinthe) dans les ruelles Ă©troites de la ville, avec pour seuls repères les façades de certaines maisons exceptionnelles, et vous voilĂ  propulsĂ© dans l’histoire. L’absence frĂ©quente d’électricitĂ© la nuit rend le sĂ©jour en ville encore plus exotique. Ce ne sont pas les chars Ă  bĹ“ufs croisĂ©s sur les quelques routes asphaltĂ©es de l’île qui dĂ©mentiront cette illusion. Les maisons en palmes tressĂ©es ou en pierre de corail et plantĂ©es au cĹ“ur d’une vĂ©gĂ©tation opulente ne font que parfaire le tableau. CĂ´tĂ© plages, nous retombons dans les cartes postales avec ces Ă©tendues infinie de sable blanc bordĂ©es de cocotiers d’un cotĂ© et d’eau aux couleurs turquoise ou Ă©meraude de l’autre, sur laquelle sont posĂ©es les boutres toutes voiles au vent lĂ©ger. On ne vous cachera pas que de temps en temps il faut bien arroser ce jardin exotique et que nous avons profitĂ© aussi de l’arrosage automatique. Mais pour une fois : On s’en fout ! Nous visitons en effet l’île Ă  bord d’un petit Suzuki 4X4, bien Ă  l’abri. Une petite revanche sur la mĂ©tĂ©o !
Aucun problème pour trouver Ă  se loger dans de petits bungalows les « pieds dans l’eau Â» et manger du poisson Ă  « toutes les sauces Â».
Ici non plus, les habitants ne semblent pas vraiment stressés… Il faut dire que les fruits semblent tomber tous seuls des arbres, tout comme les poissons de la mer… Ce qui permet de rester couché au long de la route à regarder passer les quelques touristes qui s’y promènent.
Si nous avons « souffert Â» pour manger pendant la plus grande partie de ce voyage autour de la planète, cela va beaucoup mieux depuis que nous sommes en Afrique. Ceci va-t’il durer longtemps ? Mystère. De plus, les fĂŞtes de fin d’annĂ©e approchent et il est amusant de manger des fraises au dessert alors que nous sommes en dĂ©cembre. L’annĂ©e dernière, au Chili, c’était les cerises… Et puisque nous parlons nourriture, la Tanzanie serait-elle le pays de la patate par excellence ? Toujours est-il qu’on en trouve de partout et que jamais de notre vie nous n’avons mangĂ© autant de frites ! Souvenir de la brève colonisation allemande ? Cela change beaucoup du riz sauce proposĂ© le long des routes de l’Afrique de l’Ouest.
Après une traversée retour assez agitée, (le pilote du bateau doit être un ancien chauffeur de bus), nous reprenons notre route vers le Nord.
Nous sommes ici au pays des « massaĂŻs Â» que l’on ne manque pas de voir tout au long de notre chemin. Bâton d’une main, parfois sagaie Ă  l’autre, ils gardent leurs troupeaux enveloppĂ©s dans leurs toges aux couleurs vives, poignard Ă  la ceinture, tĂ©lĂ©phone portable pendu autour du cou. Ah les traditions !
Le mont Mac Kinley et l’Everest ont dû prévenir le Kilimandjaro de notre arrivée. Aussi, ce dernier, comme les précédents est enveloppé d’une épaisse couche de nuages pour se mettre à l’abri de nos regards. A peine pourrons nous apercevoir un bref instant ce qu’il reste des neiges éternelles sur le sommet de l’Afrique, à quelques 5891 mètres d’altitude…
Au bord de la route, en contrebas, une explosion de couleur. Un marchĂ© massaĂŻ. Et malgrĂ© l’orage qui vient de s’abattre sur la rĂ©gion, il y a affluence ! Les pieds dans la boue, pas terrible pour dĂ©ambuler au milieu de cette foule. D’autant que les curiositĂ©s ici, ce ne sont pas les masaĂŻs mais nous. Difficile dans ces conditions de faire quelques photos discrètement. Tous les regards sont tournĂ©s vers nous. En quelques minutes la moto est cernĂ©e par une foule de curieux qui Ă©pluchent les caractĂ©ristiques de notre monture. Il ne nous faudra pas aller bien loin pour faire quelques photos dans une ambiance plus sereine. Un petit groupe de maisons au pied de la colline attire notre attention. La moto dĂ©vale la pente en douceur et nous voilĂ  prĂŞts Ă  faire quelques clichĂ©s des habitations massaĂŻ. En quelques secondes, toute une famille en sort afin de venir nous rejoindre et examiner les deux extraterrestres qui se sont posĂ©s sur leur prairie avec cette drĂ´le de chose orange. Une fois leur curiositĂ© rassasiĂ©e, Ă  notre tour d’aller visiter une des maisons construite avec du bois mĂŞlĂ© Ă  de la terre et de la bouse. Un toit de chaume, une cloison face Ă  l’entrĂ©e pour couper le vent, trois petites cellules en guise de chambres et quelques pierres au milieu pour contenir un modeste feu qui fait office de cuisine. Le tout dans une obscuritĂ© Ă  se perdre dans quelques mètres carrĂ©s.
Et quelques kilomètres plus tard, se pose encore une fois le problème de la visite des plus cĂ©lèbres parcs du monde. Le cratère du N’gorongoro, dĂ©crit dans notre guide comme la 8ème merveille du monde et du Seringeti. Nous sommes Ă  quelques kilomètres de ces hauts lieux de la faune africaine et voilĂ  encore que les prix des visites nous posent problème. Il faut dire qu’il n’y va pas avec le dos de la cuillère le gouvernement tanzanien. L’argent des visiteurs est un des rares revenus du pays. Donc, il ne faut pas lĂ©siner ! C’est le prix fort. Prix qui nous obligent Ă  faire un choix et Ă  revoir nos ambitions de visites Ă  la baisse. Ce sera le cratère « seulement Â». Et mĂŞme si c’est la 8ème merveille du monde, nous on veut bien tellement c’est magnifique, mais 450 dollars US la journĂ©e, avouez que cela commence Ă  faire un peu cher quand mĂŞme !
Il est vrai, qu’une fois en haut, sur le bord du cratère, devant ce spectacle, nous oublions vite ces dĂ©sagrĂ©ments (notre budget, lui n’oubliera pas !). Face Ă  nous, Ă  environs six cent mètres sous nos pieds, s’étend une immense prairie tachĂ©e d’un lac et quelques marais, bordĂ©e par les flancs du volcan sur lesquels s’accrochent quelques arbres dans lesquels flotte une lĂ©gère brume.
Le long de la piste qui longe cette crĂŞte avant de plonger dans le cratère, des buffles, Ă©lĂ©phants et autres gazelles qui vont et viennent entre les Ă©tendues immenses de savane du Seringeti et ce petit paradis de verdure. Seules les girafes n’arrivent pas Ă  franchir ces pentes abruptes. La raretĂ© des arbres Ă  l’intĂ©rieur du volcan ne doit pas les inciter non plus Ă  se surpasser pour franchir l’obstacle.
Obstacle qui n’effraye en rien la Land Rover à bord de laquelle nous nous trouvons. La pente est raide et une fois en bas, nous changeons de monde. En fait, nous plongeons dans un film documentaire comme on peut en voir à la télé. Nous sommes sur cette vaste prairie à l’herbe verte et rase, cernés par des milliers de gnous et zèbres. Le toit ouvert de la voiture nous permet d’être debout et d’avoir une excellente vision un peu surélevée et à 360°. Oiseaux, hyènes, phacochères, buffles, rhinocéros, autruches, gazelles se succèdent devant nos yeux qui ne savent plus où regarder. Le lac principal sert de refuge à des milliers de flamands roses. Des grues après être passées sur la voiture se posent à quelques mètres. Malgré les drames de la vie animale qui se déroulent ici de temps à autres (il faut bien se nourrir…), il règne ici un calme, une sérénité à peine troublée par les grondements des gnous ou les cris des oiseaux. Mais les lions qui sont maintenant devant nos objectifs en train de finir de déguster un phacochère qui n’a pas été assez rapide pour échapper à leurs griffes, rappellent, si besoin était, que la faune qui nous entoure n’est pas au paradis.
Il faut voir la panique que provoque le passage d’un couple de lions, pourtant repus, en balade au milieu des gnous et zèbres…
Le tonnerre gronde en rĂ©sonnant dans le cratère. Impressionnant ! Le ciel se charge de ces nuages qui s’accrochent aux parois du volcan. Vous pensiez que la pluie allait faire une trĂŞve ? Eh bien non, toujours pas. MĂŞme Ă  ce prix lĂ  nous sommes rattrapĂ©s par cette mauvaise mĂ©tĂ©o.
Ils sont lĂ , encore une fois. Et en nombre en plus. Mais que croyez vous qu’ils fassent quand il pleut ? Pour se « protĂ©ger Â» de la pluie, ils restent sous l’eau. DĂ©cidĂ©ment pas facile Ă  voir sur pieds ces hippopotames ! Encore ratĂ©. Mais au fait, comment sont-ils arrivĂ©s lĂ  eux? On a du mal Ă  les imaginer en train de grimper ou descendre les parois du volcan…!
Ici aussi le temps passe très vite. Encore plus vite Ă  ce prix lĂ  ! Et il est dĂ©jĂ  temps de quitter cet endroit unique au monde. Une dernière halte avant de remonter. Halte qui permet Ă  quelques singes de s’attaquer Ă  nous. Pas Ă  nous directement, mais aux restes de nos victuailles de la journĂ©e. A croire qu’ils connaissent la couleur des paquets de biscuits et qu’ils sont capables de les repĂ©rer du haut d’un arbre. Les vitres de la voiture sont restĂ©es ouvertes et en quelques secondes, sans nous laisser le temps de rĂ©agir, quelques pillards s’engouffrent dans le vĂ©hicule pour nous dĂ©valiser. Un dernier regard sur le cratère avant de redescendre… de l’autre cĂ´tĂ© cette fois.
Notre sĂ©jour en Tanzanie touche Ă  sa fin. Un peu Ă©courtĂ© par ces « problèmes financiers Â» nous prenons la route du Nord. La route ? Ce qu’il en reste. Les chinois sont encore lĂ . Tout est sans dessus dessous. Et du coup, pour nous, c’est encore de la mauvaise piste et de la poussière pour une demi-journĂ©e. Jusqu’à la frontière du Kenya.
Trop tard pour entamer les formalités et rejoindre Nairobi. La prudence nous incite à attendre demain.
Le soleil se couche sur la savane qui entoure le petit village de Mananga. Nous allons faire un petit tour Ă  pieds. Les massaĂŻs prennent le chemin de leurs cases, les femmes aux visages bardĂ©s de bijoux pendus Ă  leurs oreilles mutilĂ©es. Les habitants du village, eux, reviennent de l’église au bas de l’agglomĂ©ration et les croisent. Un mĂŞme pays, deux mondes diffĂ©rents (Ă  ce sujet, il y a au moins 125 dialectes diffĂ©rents utilisĂ©s ici !).
Alors, que malgrĂ© les mauvaises conditions de circulation nous l’avons guettĂ© du coin de l’œil toute la journĂ©e, du moins la couche de nuage qui l’enveloppe depuis que nous lui tournons autour, des fois que, voilĂ  qu’il se dresse sur l’horizon, majestueux, avec un voile de nuages Ă  mi-hauteur qui fait penser Ă  un anneau de Saturne et contribue Ă  donner l’impression que la montagne flotte sur la savane. Le Kilimandjaro est lĂ , devant nous! La neige est orange sous les derniers rayons de soleil. Il n’y a plus qu’à s’assoir sur le mur qui longe la route et dĂ©guster ce spectacle inespĂ©rĂ© jusqu’à ce que la nuit ne l’enveloppe Ă  son tour.
Pas le temps d’aller chercher l’appareil photo resté à l’hôtel…
 
Nous n’avons plus qu’à vous souhaiter d’excellentes fêtes de fin d’année en espérant que la météo sera plus clémente sur la France que ces jours derniers.
 
Chris et Alain
www.motards-nomades.com
 
     
 

Réalisé par Communicator 2.0.2