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Edition 2010-01-28 19:52:33
Le père Noël est une...

Le gars couchĂ© sous sa voiture au bord de la piste Ă  la recherche d’un bruit suspect, nous a dit hier : Â« Encore 10 kilomètres et la route est parfaite jusqu’à Nairobi Â». Il s’est moquĂ© de nous ou n’a pas voulu nous dĂ©courager ? Toujours est-il que nous continuons Ă  manger de la poussière sur une piste dĂ©foncĂ©e avec un trafic de plus en plus intense au fur et Ă  mesure que nous approchons de la capitale.
ComparĂ©e aux capitales des pays prĂ©cĂ©dents, Nairobi fait figure de ville moderne et structurĂ©e avec ses quelques 4 millions d’habitants. Bien qu’encombrĂ©es, de grandes avenues permettent de circuler Ă  proximitĂ© du centre ville bordĂ© de verdure. Nous avons ici un point de chute recommandĂ© par tous les gens rencontrĂ©s depuis l’Afrique du Sud et qui ont traversĂ© le continent africain en venant du Nord : Jungle Junction. Le camping incontournable des voyageurs. Que ce soit en camion, en voiture, Ă  vĂ©lo ou Ă  moto, tout le monde s’y retrouve. Occasions de rencontres et d’échanges n’y manquent pas. A 1800 mètres d’altitude la tempĂ©rature est agrĂ©able en cette fin de mois de dĂ©cembre. La tente plantĂ©e sur la belle pelouse verte, la moto garĂ©e Ă  cĂ´tĂ©, installĂ© sur un fauteuil avec une boisson fraĂ®che, quel plaisir de profiter de la wifi avec sa connexion comme nous n’en avions pas eu depuis bien longtemps… Parait qu’il fait froid et qu’il neige en France…
Nous pensions trouver ici des pneus pour la moto. Pas que les nĂ´tres soient usĂ©s, mais ils ne pourront pas arriver Ă  Istanbul, prochaine ville oĂą nous pourrons nous en procurer. Finalement, ici, seul un pneu avant est disponible. Il faut alors se faire envoyer de France un pneu arrière que le père NoĂ«l ne devrait pas manquer de nous mener. Au moins dix jours d’attente ! Juste le temps qu’il faut pour passer les fĂŞtes de fin d’annĂ©e avec un peu de confort. Les dĂ©parts et arrivĂ©es au camping se succèdent. Allemands, majoritairement, mais aussi anglais, slovènes, Sud africains ou mĂŞme russes, les motards dĂ©filent mĂŞme si les camions et voitures sont largement majoritaires. Le temps d’une nuit ou d’une rĂ©vision de la moto, aucun n’a les mĂŞmes prioritĂ©s ou objectifs.
NoĂ«l approche. La mĂ©tĂ©o se dĂ©grade et de fortes pluies s’abattent sur la rĂ©gion. La tente posĂ©e sur la pelouse devient comme un Ă®lot cernĂ© d’eau renouvelĂ©e tous les jours. Le sol n’arrive plus Ă  absorber cet excĂ©dent. Et dire que les massaĂŻs ont eu des pertes considĂ©rables dans leur bĂ©tail Ă  cause d’une sĂ©cheresse qui a durĂ© plus de huit mois ! Ils auraient dĂ» nous tĂ©lĂ©phoner ! On venait, la pluie nous suivait et nous Ă©vitions des drames.
18h00. C’est l’heure du « rĂ©veillon Â» de NoĂ«l. Il faut dire que les employĂ©s sont pressĂ©s de rentrer chez eux fĂŞter çà en famille. MalgrĂ© tout, c’est dans une bonne ambiance, entre voyageurs que nous partageons ce repas festif. Nous sommes alors bien loin de notre gamelle de spaghettis au milieu de la forĂŞt l’annĂ©e passĂ©e au Sud du Chili !
Même si nous savons que cette situation d’attente ne devrait pas trop durer, c’est toujours trop long. Et puis, ici, en Afrique, nous ne sommes jamais sûrs de rien. Surtout pas des délais de livraison de la Poste.
Nous allons profiter de cette attente pour aller faire un tour vers le MassaĂŻ Mara, sans trop savoir comment nous allons nous y prendre pour visiter le parc.
Il y a eu, tout au long de ce voyage des rencontres qui ont modifiĂ© le cours de notre programme. Ce matin, alors que nous venons de quitter le camping avec notre chargement et que nous roulons doucement en attendant que le moteur monte en tempĂ©rature, nous entendons une voix nous demander : « Vous ĂŞtes français ? Â». Une moto s’est portĂ©e Ă  notre hauteur et son pilote nous interroge. ArrĂŞt pour rencontrer Pascal qui travaille Ă  l’Ambassade de France. Lui, part faire un tour de moto dans la rĂ©gion avec ses copains…français. Promis, on s’appelle Ă  notre retour Ă  Nairobi !
Les informations rĂ©coltĂ©es ici au sujet de l’accès au parc ne sont pas rĂ©jouissantes. Piste en très mauvais Ă©tat pour arriver Ă  l’entrĂ©e, rien sur place pour se faire transporter et en plus, toujours cette mĂ©tĂ©o dĂ©plorable. Nous verrons bien. Roulons !
La route, encore une fois, nous fait plonger au fond de la Rift Valley parsemĂ©e de petits cratères de volcans et Ă  la vĂ©gĂ©tation rabougrie. Quelques gazelles et zèbres se baladent au grĂ© des taches d’herbe verte. Encore une fois, c’est sous une pluie battante que nous arrivons Ă  Narok, la dernière petite ville avant de bifurquer sur la route, non, la piste qui mène Ă  l’entrĂ©e du parc. Il est dĂ©jĂ  14 heures quand nous nous installons Ă  la table d’un petit restaurant pour y « dĂ©guster Â» le poulet-frites « traditionnel Â». C’est Ă  tout hasard que nous demandons au serveur s’il ne connaitrait pas une voiture Ă  louer. « Un taxi ? Â» nous demande-t’il. « Oui, mais avec un 4X4 pour aller dans le parc Â». C’est comme cela, que moins d’une heure plus tard nous chargeons nos bagages dans une voiture et prenons la direction du parc distant de quelques 120 kilomètres, la moto ayant Ă©tĂ© garĂ©e en sĂ©curitĂ© dans un couloir de l’hĂ´tel attenant au restaurant.
Inondations, routes et pistes transformées en torrents, encore une fois, nous ne regrettons pas d’être à l’abri dans une voiture même si le doute peut s’installer quand à la possibilité de rejoindre le camping ce soir au vu de l’état de la piste. Paradoxalement, nous pouvons voir le long du chemin et à proximité des villages, de nombreux cadavres de vaches que quelques chiens errants finissent de déchiqueter en attendant que les vautours viennent finir le travail. La pluie arrive trop tard…
C’est à la tombée de la nuit, après plus de trois heures de trajet, que nous finissons d’installer notre tente à quelques kilomètres d’une des entrées du parc.
Allégés de quelques dollars, nous franchissons la barrière. Il faut vraiment le faire exprès, car il n’y a aucune clôture ou quoi que ce soit nous empêchant de passer à quelques centaines de mètres, dans la nature…
Le MassaĂŻ Mara est la prolongation du parc Seringeti en Tanzanie. C’est une rivière qui fait frontière entre les deux pays, mais paysages et animaux y sont les mĂŞmes. Et des animaux, encore une fois, nous allons en voir !
Il semble que le « top du top Â» lors d’un safari africain soit de rencontrer les « bigs five Â». A savoir, Ă©lĂ©phant, buffle, rhinocĂ©ros, lion et lĂ©opard. Un peu comme une sorte de trophĂ©e ou de challenge auquel nous n’attachons, nous, aucune importance. Laissons faire les choses. Nous nous contentons largement de ce qui se prĂ©sente. MalgrĂ© tout, si au fil de nos visites nous avions vu les quatre premiers citĂ©s, le lĂ©opard Ă©tait restĂ© invisible jusqu’ici. On le cherchait dans les arbres, et en voilĂ  deux qui se prĂ©lassent sur l’herbe bien verte de la savane. Comme deux peluches que l’on aurait posĂ©es sur un tapis. C’est ici aussi, au MassaĂŻ Mara que nous allons enfin voir des hippopotames. Pour en voir, nous en avions vu auparavant! Des quantitĂ©s mĂŞme ! Mais jamais comme cela, Ă  quelques dizaines de mètres sur le rivage de la rivière Mara et en groupe important. Tout arrive !
Un peu plus tard, installés confortablement dans la voiture arrêtée au milieu de la prairie, on constate encore une fois, que le roi des animaux, le lion, est des plus faciles à voir. C’est simple, à cet instant, nous en avons pas moins de treize autour de nous.
Une journĂ©e dans le parc, c’est terrible. Nous n’avons pas le temps d’y entrer, qu’il faut dĂ©jĂ  en ressortir… A croire que les heures ne font plus que 20 minutes… Bon, ça tombe bien, il pleut « Ă  torrent Â».
Le retour à Nairobi, la tête pleine d’images n’est qu’une formalité. Manque de chance, le pneu tant attendu n’est toujours pas arrivé…
FĂ©lix et ZĂ©zette nous l’avaient bien dit : « Le père NoĂ«l est une ordure… Â»
Nous vous disions que le cours de notre voyage pouvait, de temps Ă  autre, ĂŞtre complètement bouleversĂ© par une rencontre. C’est un mot laissĂ© par Pascal au camping qui va chambouler notre fin d’annĂ©e. « Nous voudrions vous inviter ce soir vers 19h00 Â». Pour ne pas changer, nous sommes trempĂ©s. Il est justement, et dĂ©jĂ , 19h00. Nous arrivons d’une balade au lac Magadi qui a Ă©tĂ© assez Ă©prouvante Ă  cause du très mauvais Ă©tat de la route, de la chaleur qui rĂ©gnait sur les rives du lac situĂ© lui aussi au fond de la Rift Valley, mais surtout Ă  cause des violents orages qui ne nous ont pas abandonnĂ© tout au long du trajet retour. Quelques minutes plus tard, nous prenons place Ă  bord de sa voiture et nous retrouvons avec toute cette Ă©quipe de motards et leurs familles devant de dĂ©licieux mets qui ne tardent pas Ă  nous faire oublier la galère du jour. Nous sommes le 30 janvier et nous avons dĂ©jĂ  fait un rĂ©veillon, comme pour nous entrainer pour la nuit qui va suivre. Nous ne savons pourtant pas Ă  ce moment, que Chantal et Eric vont nous inviter chez eux le dernier jour de l’annĂ©e et que les soirĂ©es du mĂŞme format vont s’enchainer jusqu’à la rentrĂ©e scolaire… Le passage Ă  l’annĂ©e 2010 laissera donc que de bons souvenirs ! Enfin presque… Car nous sommes quand mĂŞme et toujours Ă  Nairobi. Le temps passe, les journĂ©es dĂ©filent, mais notre pneu n’arrive pas. Pendant ce temps, les pluies s’accentuent et les pistes se dĂ©gradent toujours plus. A tel point qu’il devient impossible d’aller se balader dans la rĂ©gion sans devoir affronter des routes dĂ©foncĂ©es et se prendre des tonnes d’eau sur la tĂŞte. Pas idĂ©al pour dĂ©couvrir un pays, aussi beau soit-il. DĂ©courageant !
A ne rien faire, comme cela, on se prend la tĂŞte, on « tourne en rond Â», la bonne humeur cède la place Ă  l’irritation… Rien de bon pour le moral. Chaque jour, les mĂŞmes interrogations : Le pneu est-il arrivĂ© ? Dans quel Ă©tat est la piste qui doit nous permettre de rejoindre l’Ethiopie ? Et les rĂ©ponses sont de plus en plus dĂ©solantes. Du genre : La route vient d’être fermĂ©e pour cause d’inondations et de trop de camions plantĂ©s dans la boue. Des morts, des milliers de personnes dĂ©placĂ©es et pour couronner le tableau, l’insĂ©curitĂ© et les risques d’épidĂ©mies qui s’installent. Nous nous sentons un peu coincĂ©s ici mĂŞme si les conditions d’attente pourraient ĂŞtre bien pires. Il est grand temps de prendre des dĂ©cisions. Nous fixons une date butoir oĂą quoi qu’il arrive, il nous faudra partir. Nous ne pouvons pas rester ici indĂ©finiment. On profite de ce temps pour essayer de trouver un pneu sur place. Le rĂ©seau des motards français va bien nous aider mĂŞme si nous ne trouvons pas exactement le modèle espĂ©rĂ©.
Et puis, heureuse surprise: Un motard allemand arrive du Nord par la fameuse piste (tout de mĂŞme 500 kilomètres de tĂ´le ondulĂ©e, caillasse, sable, trous et bosses et maintenant boue). Il nous rassure en nous disant que si nous attendons un jour ensoleillĂ© et que si nous roulons vraiment doucement, c’est faisable. Lui est passĂ©, pourquoi pas nous ? … MĂŞme si nous sommes deux sur la moto… Il nous faut prĂ©voir 4 jours au dĂ©part de Nairobi pour espĂ©rer rejoindre la frontière et … le goudron. Une petite journĂ©e de goudron pour relier Isiolo et se trouver Ă  l’entrĂ©e de la piste, et deux jours de piste entrecoupĂ©s d’une journĂ©e de repos. Si tout se passe bien…
« Hakuma matata Â» (sans souci, pas de problème), comme ils disent ici.
La veille de la date prévue, toujours pas de pneu. Notre visite à la Poste ne le fera pas arriver plus vite… Il est temps d’agir. Montage d’un pneu plus petit et à la gomme pas vraiment adaptée au traitement futur qu’il va subir. Cela remet en avant le problème majeur de cette histoire pneumatique. Nous ne pourrons pas rejoindre Istanbul avec ce pneu arrière. Il nous faut donc nous surcharger à nouveau de notre pneu que nous avions fait installer en Namibie et qui pourra parcourir encore quelques petits milliers de kilomètres. La moto n’avait vraiment pas besoin de ce supplément de poids alors que nous abordons la partie la plus dure de cette traversée de l’Afrique.
On ne vous surprendra pas si l’on vous dit qu’il pleut le matin du jour choisi… Nous partons, nous ne partons pas ?... Pleut-il Ă  300 kilomètres au Nord ? Un furtif rayon de soleil qui arrive Ă  percer l’épaisse couche de nuages noirs agit sur nous comme une catapulte. C’est le moment ! En moins de temps qu’il ne faut pour le dire la moto est chargĂ©e et nous roulons. S’extraire de Nairobi ne sera qu’une formalitĂ© malgrĂ© encore une fois de nombreux travaux routiers qui ne facilitent pas la fluiditĂ© du trafic. Cap au nord ! Nous roulons enfin ! Pour rejoindre Isiolo, oĂą nous devons faire Ă©tape, la route contourne le mont Kenya. La deuxième montagne la plus haute d’Afrique après le… Kilimandjaro. C’est bien, tout le monde suit le cours de gĂ©ographie ! Et comme vous suivez tous cette histoire humide depuis le dĂ©but, vous avez devinĂ© que le mont Kenya nous ne l’avons pas plus vu que son grand frère quelques semaines plus tĂ´t. Nuages, vous avez dit nuages ? A croire que tous s’accrochent Ă  cette montagne pour obscurcir le ciel sur des centaines de kilomètres !
Pas de monument ici pour signaler le passage de l’Equateur. Un simple panneau cernĂ© de boutiques de souvenirs. L’arrĂŞt photo s’impose encore. C’est la quatrième fois que nous franchissons cette ligne symbolique au cours de ce voyage (deux fois Ă  moto, deux fois en avion) mais toujours avec autant d’émotion. Une pensĂ©e Ă  ce moment pour ce sud africain, Mike Horn, qui avait fait le tour de la planète sans aucune aide motorisĂ©e et sans s’éloigner de plus de 20 kilomètres de l’équateur. Il avait simplement dĂ©rogĂ© Ă  cette règle ici, pour aller gravir le mont Kenya (voir son livre : Latitude zĂ©ro).
Ça y est ! Nous y sommes ! Pour commencer, la piste est parallèle au chantier de la route. Encore une fois, vous avez devinĂ©, ce sont les chinois qui sont lĂ . Ceux lĂ , ils sont en train d’endetter l’Afrique du Nord au Sud en prenant tous les marchĂ©s de construction en Ă©change d’un bien piètre travail…
Hier soir, le patron de l’hĂ´tel oĂą nous avons fait Ă©tape nous a rassurĂ©. Il venait de tĂ©lĂ©phoner Ă  Marsabit, au Nord, et nous annonçait que la piste avait sĂ©chĂ©. Heureusement, car pour l’heure se sont les nuages et mĂŞme quelques goĂ»tes qui nous accompagnent. Le chantier dĂ©passĂ©, la piste s’enfonce dans la savane verte comme elle ne doit l’être que très rarement. Avouez que nous sommes quand mĂŞme chanceux de la voir comme cela ! Et puis au fil des kilomètres, l’altitude baisse, les nuages disparaissent, il fait de plus en plus chaud, la vĂ©gĂ©tation se rarĂ©fie, la piste est de plus en plus cassante. RĂ©gion volcanique, MassaĂŻs marchant le long de la « route Â» avec des ornements d’un autre temps mais au combien colorĂ©s et exotiques ! Nous sommes au cĹ“ur d’un Kenya autant extraordinaire qu’inattendu et rude. De grandes ornières assĂ©chĂ©es apparaissent. Cela a dĂ»t ĂŞtre une sacrĂ©e galère pour ceux qui conduisaient les vĂ©hicules qui se sont plantĂ©s ici… En ce qui nous concerne, il s’agit d’être assez habile pour Ă©viter d’y tomber. Une seule glissade de la roue avant, un mauvais choix de trajectoire, un mauvais coup de guidon, et ce pourrait ĂŞtre la chute avec des consĂ©quences irrĂ©parables. Avec ce cumul de difficultĂ©s, notre moyenne horaire Ă  la fin de la journĂ©e, n’excèdera pas 20 kilomètres par heure. Une journĂ©e de repos Ă  Marsabit est bienvenue. Il y a encore 270 kilomètres comme cela pour rejoindre enfin Moyale Ă  la frontière.
Le réveil sonne à 5h30. On n’aime pas vraiment cela, mais il y a des jours où c’est indispensable. Nous sortons de la petite ville de Marsabit quand à notre droite, un peu au dessus de l’horizon, le disque orange du soleil émerge de la brume. Pour le moment, la piste est bonne. Mais il ne faut pas se faire d’illusions. Cela ne va pas durer longtemps. Il faut profiter pleinement de ce qui se présente. D’autant que nous longeons la crête d’un volcan et que le paysage est exceptionnel. Les pierres promises apparaissent. La cadence chute. Les yeux rivés au sol pour essayer en permanence de trouver la meilleure trajectoire. Celle qui nous secouera le moins, celle, surtout, qui permettra d’économiser la moto au maximum. Nous sommes entourés d’une savane exceptionnellement verte. Mais au fil des kilomètres, cette verdure laisse la place à toujours plus d’aridité jusqu’à ce que nous nous trouvions au beau milieu d’un immense champ de lave. Des roches volcaniques posées sur le sol bien plus loin qu’où ne porte le regard. Le soleil monte dans le ciel. Il fait de plus en plus chaud. Le compteur kilométrique tourne bien moins vite que les aiguilles de la montre. Nous avons l’impression de ne pas avancer. Les ornières laissées par les camions la semaine dernière refont leur apparition. Ce matin, c’est un plaisir que de zigzaguer entre elles en prenant des appuis contre ces monticules de terre à l’accélération du moteur. Mais il faut rester vigilant. Durant toute la matinée, nous n’avons rencontré que deux véhicules et un seul nous a dépassé. Il ne ferait pas bon de se faire mal ici. A la mi-journée, nous avons parcouru la moitié de la distance. Un petit village au pied de collines borde la piste. Rien. Pas une gargote où boire un coup, pas un restaurant. Nous franchissons un petit col avant de nous arrêter à l’ombre d’un épineux afin d’y déguster une boite de sardines, deux portions de fromage fondu et une mangue. Pratiquement toutes nos provisions.
La piste parait meilleure. Au loin, les montagnes de l’Ethiopie pointent. Nous allons les longer sur une bonne centaine de kilomètres. Dommage que le poste frontière ne soit pas lĂ . Nous gagnerions du temps et des kilomètres… Quelques petites gazelles grises coupent notre trajectoire. Les arrĂŞts boissons sont nombreux. Notre surcharge pneumatique a du bon : Nous pouvons remplir le pneu de bouteilles d’eau minĂ©rale. Certes il faut penser très fort quelle est glacĂ©e en la buvant… Mais jamais nous n’avions eu une telle autonomie en eau ! La tĂ´le ondulĂ©e Ă  rĂ©apparue. Nous croisons quelques camions dont les chauffeurs ne semble pas ressentir les mĂŞmes impressions que nous sur cette piste pourrie. A chaque fois nous avons droit Ă  une volĂ©e de gravier et une ration (copieuse) de poussière. Plus que quelques dizaines de kilomètres avant d’arriver Ă  Moyale.
Surprise Ă  la sortie d’un virage : 4 motos sont garĂ©es Ă  l’ombre. Leurs pilotes font une pause. Des allemands qui espèrent rejoindre Marsabit en fin d’après-midi. Au vu de l’heure avancĂ©e et quand on leur annonce que nous en sommes parti tĂ´t ce matin, le doute s’installe chez eux. D’autant, qu’il ne fait pas bon trainer sur la piste la nuit. Les trafiquants d’armes y sont parait-il assez nombreux et n’aiment pas ĂŞtre dĂ©rangĂ©s… Bonne chance !
10h15 de conduite pour parcourir 270 kilomètres. Epuisant. MĂŞme l’inconfort total du « camping Â» (si l’on peut appeler cela un camping) de Moyale ne viendra pas Ă  bout de notre sommeil.
Demain matin nous ne serons qu’à un petit kilomètre du poste frontière et du … goudron ! Salut le Kenya, bonjour l’Ethiopie !
 
Chris et Alain
www.motards-nomades.com
 
       
 
 
 
 
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