Motards & Routes

La route se prépare autant qu'elle se roule

Une chaîne se tend froide et se graisse chaude

Avatar de Kilian Vaudrey-Marchisio

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Une chaîne mal réglée s’use vite, mais l’inverse est tout aussi vrai : une chaîne mal comprise s’entretient dans le désordre, tendue au mauvais moment et graissée dans de mauvaises conditions. Deux repères simples évitent l’essentiel des erreurs : la tension se contrôle à froid, le graissage s’effectue à chaud, juste après un roulage.

La flèche se mesure au point le plus tendu, à froid

La flèche désigne le jeu vertical de la chaîne mesuré au point le plus tendu de son parcours, généralement au milieu du brin inférieur entre le pignon et la couronne. Ce contrôle se fait moto à froid, béquille posée et roue arrière au sol sans charge sur la suspension, car une chaîne chaude s’est légèrement dilatée et donnerait une mesure faussement plus lâche.

Une chaîne trop tendue impose un effort supplémentaire aux roulements de boîte de vitesses et à ceux de la roue arrière, tandis qu’une chaîne trop lâche risque de dérailler ou de fouetter le carter en cas de choc. Le carnet d’entretien constructeur indique une plage de flèche précise, souvent entre deux et quatre centimètres selon le modèle, à respecter plutôt qu’à estimer au jugé.

Alignement de la roue : un repère souvent négligé

Régler la tension sans vérifier l’alignement de la roue arrière revient à corriger un symptôme sans traiter la cause d’une usure prématurée. La plupart des bras oscillants portent des repères gradués de part et d’autre de l’axe de roue, qui permettent de vérifier que les deux tendeurs sont réglés à la même position, condition nécessaire pour que la roue reste parfaitement alignée avec le cadre.

Un mauvais alignement fait travailler la chaîne en biais sur les dents du pignon et de la couronne, ce qui accélère l’usure de façon asymétrique et peut provoquer un ripage perceptible en accélération. Ce défaut, souvent invisible à l’œil sans repère précis, se traduit tôt ou tard par un bruit de chaîne inhabituel ou par une usure irrégulière visible sur les dents de la couronne.

Graisser chaude, contrôler les joints toriques et l’usure du kit

Le graissage s’effectue idéalement juste après un roulage, quand la chaîne est encore chaude : la graisse, plus fluide à cette température, pénètre mieux entre les maillons et les joints toriques qui retiennent la lubrification interne des rouleaux. Appliquer la graisse sur une chaîne froide en garage, sans roulage préalable, laisse le produit stagner en surface au lieu de migrer vers les zones qui en ont vraiment besoin.

Les joints toriques, présents sur la plupart des chaînes modernes dites à joints, retiennent la graisse d’origine à l’intérieur de chaque maillon et se dégradent avec le temps, l’exposition aux hydrocarbures et le lavage à haute pression trop rapproché du kit. Leur durcissement progressif réduit l’efficacité de la lubrification interne, même quand la chaîne reçoit un entretien régulier en surface.

L’usure du kit chaîne complet, pignon, couronne et chaîne, se contrôle en observant la forme des dents : des dents en pointe ou en crochet signalent un kit arrivé en fin de vie, bien avant que la chaîne elle-même ne casse. Selon l’article que Wikipédia consacre à la chaîne de transmission, ce type d’usure combinée reste l’une des causes les plus fréquentes de remplacement prématuré sur les motos à forte cylindrée.

Le remplacement se fait toujours par kit complet, pignon, couronne et chaîne ensemble, même si un seul des trois éléments paraît réellement usé. Monter une chaîne neuve sur un pignon ou une couronne déjà déformés accélère l’usure de la pièce neuve, qui vient épouser les dents déjà marquées par des milliers de kilomètres, et réduit fortement la durée de vie attendue de l’ensemble du kit.

Une chaîne bien réglée et bien graissée prolonge aussi le confort ressenti sur un long trajet à moto, où chaque à-coup de transmission se fait sentir sur des centaines de kilomètres. À l’inverse, une chaîne négligée transmet des saccades perceptibles à chaque changement de régime, un désagrément qui s’accumule sur une étape entière bien plus qu’à l’usage quotidien en ville.


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