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Edition 2009-07-29 02:29:15
C\'est sûr, nous sommes bien dans les Andes !

L’avion dans lequel nous avons pris place se pose en douceur sur le tarmac de l’aéroport de Bogota. Il nous a permis de franchir cette zone marécageuse entre le Panama et la Colombie où la construction d’une route est impossible. Nous entrons en Colombie en quelques dix minutes. Il ne reste qu’à prendre un taxi qui nous conduit chez le transporteur où notre moto nous attend. Les formalités d’importation de la moto vont prendre beaucoup plus de temps et ce n’est qu’en fin d’après midi que nous quittons Bogota pour nous mettre sur la route de l’Equateur et pouvoir rouler vers cette destination au plus tôt demain matin. Il faut dire que nous ne pensions pas passer en Colombie et nous n’avions donc pas préparé d’itinéraire. Nous n’avons même pas une carte routière.
Ici, nous nous séparons de nos compagnons de route. Eux vont aller un peu au Nord, à Medellin. Du coup, un autre groupe se reconstitue aussitôt. Nous allons rouler avec Peter.
Pour s’extraire de la ville nous empruntons des rues et avenues où les trous sont bouchés avec des remblais de construction. Nous roulons sur des morceaux de briques et autres. Il nous faut éviter de grandes marres de boue et slalomer entre les véhicules dont on voit bien que les chauffeurs n’ont pas dû prendre beaucoup de leçons de conduite… En voyant tout cela, nous ne sommes guère rassurés sur notre avenir immédiat. Si les routes sont dans le même état, il va nous falloir énormément de temps pour traverser le Sud du pays. Heureusement, nous sommes vite rassurés. En nous éloignant de la ville, les routes deviennent meilleures. De plus, les paysages prennent une dimension inattendue. Tout est grandiose ici. Le soleil qui descend doucement à l’horizon en illuminant d’une lumière rouge le canyon que la route surplombe ajoute lui aussi sa touche au décor.
Les premiers contacts avec les Colombiens vont eux aussi nous apporter leur lot de surprises. Quelle gentillesse ! C’est sûr, le pays n’est pas envahi par les touristes et du coup le rapport avec les habitants n’est pas faussé. Et cela va se vérifier tout au long de notre trop court séjour en Colombie. Car autant le dire de suite, nous regrettons beaucoup de ne rien avoir préparé afin de séjourner plus ici. Il y a tellement de choses à voir dans ce pays immense ! Mais il en est ainsi. Encore un bon prétexte pour revenir plus tard.
Nous prenons la route de bon matin. 6h30. Tout commence bien. Bonne route et très peu de circulation. Très vite nous commençons l’ascension d’un col. Et là, nous retrouvons les camions. Par dizaines, les uns derrière les autres dans des nuages de fumée noire qui nous brule les poumons. La route est très sinueuse et étroite. Cela n’empêche pas les camions de se dépasser alors que la visibilité est nulle. Etonnant qu’il n’y ait pas plus d’accidents. Il nous faut nous frayer un chemin au milieu de ces fous du volant afin de franchir ce col bordé de champs d’un vert éclatant accrochés aux parois abruptes des montagnes. La descente sera autant aventureuse. Loin de toutes préoccupations de sécurité, les chauffeurs dévalent la pente pourtant vertigineuse à des vitesses incroyables. La grande vallée dans laquelle nous arrivons va nous procurer un peu de détente. Nous roulons au milieu des plantations de café et bananiers. Comme, depuis le Mexique c’est souvent le cas, à chaque endroit où la circulation est ralentie (ralentisseur, feux tricolores, contrôle de police ou militaire…), des vendeurs attendent les automobilistes pour essayer de vendre diverses marchandises. C’est l’occasion de déguster en ce début d’après midi des tranches d’ananas qui proviennent directement du champ voisin. Alors que nous sommes en pleine dégustation, une moto se gare derrière les nôtres. C’est Bruce, un californien, qui aussitôt va se joindre à nous pour partager ces bons moments. Comme nous l’avons dit plus haut, les gens ici sont d’une gentillesse incroyable. Cela se vérifie encore en milieu d’après-midi, quand nous arrivons à Cali, il est trop tôt à notre goût pour s’arrêter. Nous envisageons alors de continuer une centaine de kilomètres vers Popayan. Un couple arrive sur sa 125 et vient discuter avec nous. Nous parlons un peu du voyage et ils nous informent que d’importantes manifestations ont lieu en ce moment à Popayan avec d’importants déploiements de forces de police. Nous décidons donc de rester ici. Cali est une ville immense. Les deux jeunes sur leur petite moto ne vont pas hésiter à traverser une bonne partie de l’agglomération pour nous conduire à l’auberge qui nous intéresse.
Au petit matin, quand nous avons réussi à nous faufiler à travers les bouchons qui bloquent la ville et ses alentours, nous sommes arrêtés en pleine campagne par la police. La manifestation d’hier se déplace vers le Nord. Ce sont les « natifs » (amérindiens) qui manifestent en nombre. En fait, ils sont des milliers à marcher sur la route pendant des jours et des jours. Certains en bottes en caoutchouc, d’autres en « tongs ». Beaucoup ont revêtu des costumes traditionnels.
La route, sinueuse plus qu’à souhait va continuer ainsi au milieu de paysages grandioses pratiquement jusqu’à la frontière. Et nous y voilà presque à la frontière. L’Equateur n’est plus très loin. Encore un « petit » col à franchir, tout en prenant le petit déjeuner avec les laveurs de camions qui travaillent tout au long de la route, et nous arrivons à Ipialès. Rien de spécial à y faire dans cette petite ville frontalière. Autant se rendre tout de suite à la frontière et faire les formalités. Nous pourrions être à Quito ce soir. Nous nous apprêtons à sortir officiellement de la Colombie quand nous apprenons que la frontière côté Equateur est fermée jusqu’à ce soir pour cause de … panne d’électricité. Comme il est hors de question d’entrer dans un nouveau pays en fin de journée et rouler de nuit, il ne nous reste plus qu’à retourner en ville, trouver une chambre d’hôtel et nous occuper en attendant le lendemain. L’occupation va vite être trouvée. Nous garons les motos au centre ville pour essayer d’aller sur Internet pour vous donner des nouvelles. A peine arrivés, deux autres motos se garent à côté des nôtres. Elles sont immatriculées en Equateur. Deux joyeux lurons en descendent et aussitôt leurs casques enlevés, ils nous saluent comme de vieux amis que nous n’aurions pas vu depuis très longtemps. Ils ont tous les deux le même prénom, Javier. L’un travaille dans le pétrole en Amazonie, le second, et nous avons vite compris pourquoi, est animateur pour une radio FM. En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, un attroupement s’est formé autour de nous et des motos. Et les questions fusent de toutes parts : « D’où venez vous, combien coûtent les motos, quelle cylindrée, combien de temps pour votre voyage, où allez vous après la Colombie… ». Il y en a même qui nous demandent des autographes ! C’est autant sympathique que rigolo. Les Javier nous proposent une petite balade dans la région. C’est comme cela que nous nous retrouvons au pied d’une église qui est un peu le Lourdes Colombien. L’heure tourne. Les estomacs commencent à souffrir sérieusement. Il est temps de penser à trouver un peu de carburant. Un de nos deux motards de passage connait un restaurant où de la viande grille en permanence sur un gros barbecue. Il suffit d’aller y gouter. Nous ne serons pas déçus ! Au moment de l’addition, notre animateur du jour nous dit : « Ici vous êtes nos invités ! C’est moi qui paye ! » Et de rajouter : « J’espère que vous me recevrez comme je vous ai reçu quand je viendrais vous voir dans votre pays ! » Genre, placement à long terme… Mais Javier et Javier, nous vous attendons ! C’est après une bonne pluie (il ne faut pas oublier, il pleut un peu par ici…) que nous retournons voir ce qui se passe à la frontière. Rien ne bouge. Il n’y a plus qu’à trouver un hôtel et attendre patiemment demain.
Notre patience sera récompensée par un passage éclair des deux frontières. Et en quelques heures nous nous retrouvons à 0°00.000. Nous sommes à l’Equateur ! Séance photo prolongée. Nous obtenons même l’autorisation d’entrer les motos au pied du monument pour immortaliser l’évènement (pour nous). Ce n’est pas tous les jours que l’on passe cette ligne symbolique sur sa moto… Et comme souvent les bons moments se payent, c’est encore sous un bon orage que nous arrivons à Quito ; la capitale de l’Equateur. Ville énorme construite au « fond » d’une longue vallée et dont les quartiers remontent sur les collines bordant cette dernière. Pas facile de trouver un hôtel précis dans ces kilomètres de constructions… La visite de cette ville énorme, à 2800 mètres d’altitude quand même va être assez brève. Le prix de l’hébergement et la météo humide (pour ne pas dire plus), vont nous pousser à aller voir ailleurs. Et ailleurs, c’est de l’autre côté de la Cordillère des Andes. Et là, ce n’est pas les Alpes ! Le col que nous franchissons pour basculer côté Est des montagnes est à 4077 mètres d’altitude. Pour se remettre de cette dure épreuve (ce n’est pas un métier facile…), nous faisons une escale à Papallacta. Petit village réputé pour ses sources d’eau chaude (toute la cordillère est jalonnée de volcans plus ou moins actifs), dans lesquelles nous finissons la journée sous un ciel nuageux et dans les vapeurs sulfureuses.
La descente vers le bassin amazonien va être terrible. En quelques heures, nous passons de 3800 mètres à 290. Les oreilles de Chris mettront une semaine à s’en remettre.
C’est de la ville pétrolière Lago Agrio que nous partons pour faire un petit séjour dans la jungle. Les motos ont droit à cinq jours de trêve. En ce qui nous concerne, trois heures de minibus pour rejoindre la pirogue qui nous attend sur le Rio Aguarico, puis encore trois heures de navigation pour rejoindre le premier camp dans la forêt, construit en surplomb de la rivière. Deuxième jour de navigation pour arriver dans un petit village Quechua. Nous nous sommes enfoncés d’environ deux cent kilomètres dans la forêt. Le farniente n’est pas au programme ici. Poncho et bottes en caoutchouc sont l’équipement adéquat pour aller marcher dans la forêt de jour comme de nuit, ou bien aller pagayer dans d’improbables ruisseaux sensés mener à un lac et encombrés d’arbres couchés en travers. Il n’y aura guère que la partie de pêche aux piranhas qui nous apportera un peu de repos. Car le soir, à l’heure d’aller se coucher, après avoir escaladé la tour dont le sommet surplombe la canopée, c’est le moment d’une balade nocturne en pirogue pour aller taquiner les caïmans qui chassent le long des rives.
Cette promenade de santé nous aura au moins appris que la jungle n’est pas truffée de serpents abominables (nous n’en avons pas vu un en cinq jours ; il y en a plus à Sisteron), que les animaux y sont plutôt rares, et que contrairement à nos craintes d’avant cette balade, c’est plus des puces qui se trouvaient dans nos couchages que venait le danger que de n’importe quelle autre bestiole. A l’aller comme au retour (la route n’a pas changé de place) nous passons sous le volcan Reventador dont les gaz qui s’échappent depuis quelques semaines peuvent être un signal quant à une prochaine éruption (éruption qui s’est déclenchée quelques jours après notre dernier passage). Nous nous contenterons de quelques glissements de terrains provoqués par les quelques dernières pluies.
La visite suivante sera beaucoup plus relax. Beau enchainements de virages sur une belle route qui nous emmène encore à 4012 mètres avant de se terminer au bord de la lagune de Quilatoa. En fait, nous sommes au bord d’un cratère dont le fond forme un lac aux eaux turquoise… quand le soleil veut bien se montrer. Depuis quelques temps, nous voyons les femmes revêtues de leurs habits traditionnels très colorés et coiffées de petits chapeaux. Quelques lamas font leur apparition aussi. C’est sûr, nous sommes bien dans les Andes !
Cela fait déjà plus de dix jours que nous sommes en Equateur. Il nous faut rouler vers le Sud au plus vite. Au plus vite est facile à dire. Cette Panaméricaine, décidément, prend vraiment toutes les formes. Ou plutôt, toutes les déformations en l’occurrence. La route qui nous conduit vers le Pérou n’est qu’une succession de cols surplombants des précipices vertigineux et dont le revêtement, quand il n’est pas criblé de trous, peut être carrément absent pendant des dizaines de kilomètres. Passage auprès du volcan (encore !) Chimborazo, dont la particularité, en plus d’être recouvert de neige sous cette latitude, est d’avoir le sommet le plus éloigné du centre de la terre (plus que l’Everest). Cette « anomalie » est due au renflement de la terre au niveau de l’équateur.
Nous avons la chance de pouvoir faire deux bivouacs dans ces paysages magnifiques avant de quitter ce pays extraordinaire pour nous rendre chez les incas, au Pérou.
Pour cela ; il n’y a qu’à enjamber une rivière… Après, tout risque de changer…
Nous vous donnons rendez-vous un peu plus loin, la moto marche très bien, et nous allons bien aussi.
Salutations motardes
 

Chris et Alain

 

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