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Edition 2009-07-29 23:54:45
namaste

Nous disions que notre voyage risquait très prochainement de retrouver un certain parfum d’aventure, nous ne pensions pas, si bien dire !

Mais revenons au début.

La passerelle qui nous permet de descendre de l’avion qui vient de nous mener au Népal, nous conduit directement, sur le tarmac. Ici pas de fioritures, et les équipements sont du genre « minimum vital ». Cela n’empêche pas la rapidité des formalités. Première désillusion : Nous espérions qu’à 1300 mètres d’altitude, au pied de l’Himalaya, nous allions trouver un peu de fraicheur. Eh bien non. Il fait chaud, encore et encore. Bon, on ne va pas vous dire qu’ici, il pleut aussi, ça devient lassant.

Ce matin, c’est dans une voiture flamboyante (les taxis sont multicolores et de couleurs vives, comme des bonbons « Smarties » évadés de leur paquet) et en parfait état que nous roulions vers l’aéroport hyper moderne de Bangkok. Nous ne pouvons pas nous empêcher de rigoler en voyant la toute déglinguée et minuscule « Maruti-Suzuki » qui nous attend devant l’aéroport pour nous conduire au centre ville. En à peine cent cinquante minutes de vol, nous avons encore changé complètement de monde. Nous replongeons dans ce monde à part que nous avions découvert en 2004, lors d’un voyage en Inde. Nous savons ce qui nous attend ici. Circulation la plus dangereuse au monde, pollution, problèmes pour trouver des chambres décentes pour se loger et pour se nourrir… Bref, nous ne pensions pas revenir dans cette région aussi vite, pour ne pas dire que nous ne tenions pas à y revenir. Mais le Ladakh nous incite à nous surpasser et surmonter tous ces désagréments. En attendant, on pouvait espérer que le Népal, bien que frontalier, pouvait être différent, eh bien non. C’est comme là-bas. Nous sommes dans la capitale, et pour le moment, nous ne manquons de rien. Le tourisme a modelé Thamel, le quartier du centre ville à l’image d’un lieu hautement … touristique. A tel point, que l’endroit en devient invivable pour nous. Sono à fond tous les soirs pour ravir les jeunes voyageurs partis sur les traces de leurs parents baba cool des années 60 – 70.

Nous ne perdons pas de temps et mettons à profit le délai de transport de la moto pour visiter les principaux sites de la ville. Il faut s’accoutumer aussi aux conditions de vie des népalais. Même la capitale manque d’électricité. Du coup, des tâches simples comme charger des batteries, lire nos mails sur internet, préparer l’itinéraire deviennent des problèmes. Et nous sommes dans la capitale ! Que nous réserve l’avenir ?

La moto arrive 24 heures après nous, et nous pourrons la récupérer dés le lendemain matin. Encore un petit coup de taxi pour rigoler ? On rigole beaucoup moins en voyant que ce dernier ne sait pas où se trouve la zone de fret de l’aéroport pourtant pas bien grand… A force de recherches, nous finissons par y arriver. Il faut maintenant commencer un marathon administratif inextricable à moins de louer les services d’une personne qui sait. C’est même incontournable. Sinon, comment remplir, un formulaire en népalais ? Comment savoir dans quel ordre récolter les signatures, coups de tampons et autres inscriptions dans une multitude de registres ? Quand la procédure est bien avancée, notre caisse arrive enfin.

Tout un attroupement se concentre autour. Que peu bien contenir une caisse aussi grosse ? On dirait un groupe d’enfants devant les cadeaux de Noël. Quelques coups de pieds de biche et la moto apparait. Les sangles sont coupées et nous pouvons enfin procéder à la remise en ordre. Il faut déposer le réservoir pour reconnecter la batterie. C’est en retirant la vis de fixation que, stupeur, je me rends compte qu’un câble d’accélérateur est tout effiloché. Cela me contrarie pas mal, d’autant que la moto a été révisée par BMW à Bangkok. Même si nous avons la pièce en question, va se poser le problème de la synchronisation de l’injection après le remplacement. Il nous faut une bonne heure pour rebrancher la batterie, remonter la bulle, les protèges-mains, le porte bagage et remettre sacoches et coffres en place. Entre temps, un douanier est venu vérifier que les numéros de moteur et de châssis sont bien ceux notés sur le carnet de passage en douane afin de nous tamponner ce dernier. Quand tout est prêt, il ne nous reste plus qu’à essayer de rejoindre notre hôtel, avec une moto qui ratatouille à nouveau autant qu’elle le peut. C’est à ce moment que je me rends compte de l’absence des rétroviseurs… Ils étaient rangés au fond d’un des coffres et je les ai, dans l’élan, complètement oubliés. Donc nous voilà dans les embouteillages et la circulation de folie du centre de Kathmandou avec une moto sans rétro alors qu’il arrive des véhicules dans tous les sens, comme si tous les chauffeurs, ou chauffards, voulaient nous foncer dessus, un moteur qui ne demande qu’à s’arrêter au moindre ralentissement, le tout avec les problèmes d’orientation (aucun panneau indicateur). C’est déjà pas mal hein ! Et bien il manquait un petit plus. Par exemple, histoire de rajouter un peu de piment, le voyant de charge de la batterie qui s’allume d’un rouge vif éblouissant… Coup d’œil à l’indicateur de charge sur le gps : A peine 11 volts. Eh bien elle démarre fort notre aventure himalayenne ! Et ici, inutile de chercher une représentation BMW ou simplement un mécanicien. Le parc moto, comme dans le reste de l’Asie est composé de petites 125cc ou 150cc monocylindres. Nous passons voir le chef d’atelier de la concession Honda. Il nous propose un rendez vous pour le lendemain matin. Nous aurons donc l’outillage minimum et un espace pour nous installer. En attendant, projetant de quitter l’Asie pour l’Afrique en partant de Kathmandou, afin d’éviter d’aller à Dehli, nous commençons nos recherches de transitaire et d’agence de voyage. Nous avons de la chance car grâce aux infos de Marie et Brian, nous trouvons vite le transitaire sérieux qui très rapidement va nous transmettre un devis. Même pour nos billets d’avion, l’agence est repérée et des contacts sont pris. Nous savons d’ores et déjà que nous pourrons nous échapper de ce bout d’Asie verrouillé par un Pakistan en crise (sans oublier l’Iran).

Nous sommes à la concession Honda bien avant l’heure du rendez-vous. Pour rien. Après avoir attendu plusieurs heures, on nous annonce que l’on ne peut rien pour nous… Sympa ! A force de recherches, on nous indique un atelier ou, soit disant, sévit un « maitre » mécanicien. Il nous attend. A nouveau nous nous lançons dans cette circulation de folie dans une ville que nous ne connaissons pas avec un vague point fluo marqué sur un plan touristique. Bien entendu, nous ne trouvons pas du premier coup… Coincés dans les embouteillages inextricables, je vois la tension de la batterie diminuer à vue d’œil. Et ce qui devait arriver arrive. La moto s’arrête au beau milieu du flot de voitures inertes. Il nous faut la mettre sur le trottoir et partir à la recherche de la bonne adresse. A 600 mètres d’ici… Pousser la moto à contresens sur le trottoir envahi de motos qui l’empruntent pour se soustraire des encombrements va se révéler épuisant. Il fait très chaud et l’effort est intense.

Le « maitre » mécano ne sera là que pour nous prêter quelques outils, nous regarder travailler ou tout au plus, nous prêter ses dix doigts quand nos vingt ne suffisent plus. Par chance, avant le départ, nous avions glissé sous le réservoir quelques pièces de rechange tels les câbles d’accélérateur et la courroie de l’alternateur. En une paire d’heure, la moto est réparée. Seul problème qui subsiste, la fameuse synchronisation, déjà si délicate en temps normal. Pas d’outils pour remédier à ce problème. Je fais çà à l’œil et finalement, ça ne marche pas trop mal. Espérons, qu’à plus de 5000 mètres d’altitude, tout ira aussi bien.

Il est temps de prendre la route pour rejoindre l’Ouest du pays afin de rejoindre l’Inde. De passages de cols ou la circulation des camions et des autocars est carrément démente, à des paysages paisibles de rizières et de montagnes, nous faisons un détour par la ville de Pokhara plantée au bord d’un lac ou devraient se refléter les pics enneigés… L’itinéraire longe les plus grands sommets du Monde. La chaine de l’Himalaya est là. Juste au Nord de notre chemin. Mais depuis que nous sommes arrivés elle se dissimule sous une épaisse couche de nuages. De plusieurs endroits il est possible de voir l’Everest. Quand le temps est dégagé… Ici, c’est le début de la mousson. Nous le savions. Mais c’est aussi la bonne saison pour aller au Ladakh. Juste une histoire de compromis. Toutes proportions gardées, la plus haute route du Monde est comme la plus haute route d’Europe, la Bonnette, ouverte quelques mois dans l’année juste après la fonte des neiges et avant les premières chutes. Il faut donc se mouiller pour aller se geler… au soleil si les premières montagnes arrivent bien à retenir les nuages.

Nous empruntons ce qui parait être des grands axes sur la carte. On pense à chaque fois que nous nous sommes trompés, mais ce sont bien là les routes principales à défaut d’être grandes… et nous demandons confirmation à chaque occasion.

A ce train là, ce sont bien plus des heures que des kilomètres qui défilent. Demain, tout ira mieux, c’est sûr. Un grand trait orange bien net et large relie l’Est à l’Ouest du Népal. Sur la carte (encore une fois)… On peu y croire. Demain soir nous serons à la frontière de l’Inde. Nuit dans une chambre sordide d’un hôtel miteux de Butwal, ville étape pour l’occasion.

Point au cœur. Difficultés à respirer, fatigue intense. Chris n’est vraiment pas bien ce matin. Que faire dans cette ville qui aurait pu servir de décor pour des scènes du film « La cité de la joie » ? Un toubib, l’hôpital ? Nous n’y tenons vraiment pas. Téléphone à l’ambassade de France à Kathmandou pour essayer d’avoir un rendez-vous avec le médecin français qui y travaille. « Rappelez plus tard s’il vous plait ». En tirant au plus court, nous sommes à moins de 400 kilomètres de Kathmandou. La décision est vite prise. On rebrousse chemin et nous serons dans l’après midi à destination. Le fameux trait orange, vous savez, sur la carte, et c’est ma foi vrai, on y roule assez bien. Reste à emprunter l’axe principal entre l’Inde et la capitale du Népal. Eh, c’est une plaisanterie, ce n’est pas ce petit chemin emporté par des glissements de terrains à tous bouts de champs et qui grimpe dans les montagnes comme s’il allait gravir l’Annapurna ? Mais si c’est çà. Il faut y aller. Et surtout, ce n’est pas le moment de flâner. Car si nous avons parcouru les premiers 250 kilomètres à une moyenne honorable pour le pays, cette dernière va chuter lourdement. Il va nous falloir cinq heures pour faire une petite centaine de kilomètres. Quel dommage que ce soit dans de telles circonstances. Car qu’est-ce que c’est beau cette petite route de montagne qui serpente entre les cols et au cœur de forêts ! Mais quand on est pressé comme cela, tous ces petits virolos deviennent pénibles et on n’en voit jamais la fin. D’autant qu’il nous faut à tous prix arriver avant la nuit et qu’il fallait bien que la pluie s’en mêle un peu aussi. Mais quand nous rejoignons enfin la route d’accès à la ville, avec son fameux col à franchir, le plus dur, le plus dangereux, reste à faire. Il va falloir se débattre pour ne pas se faire exterminer par un camion fou ou un autocar en délire. Et il y en a !

Au fait, on ne vous a pas dit : Nous avons rappelé l’ambassade en milieu de journée. Pas de médecin en poste actuellement.

La nuit est tombée quand nous arrivons enfin dans le fief touristique du Népal. Il nous faut prendre une décision. Pas facile. Nous savons bien que pour un diagnostic, il est nécessaire de faire des examens. Se faire piquer ici, pas vraiment envie. Le plus sage, rentrer en France. Après plus de quatorze mois de voyage, des moments de vie intenses, la décision, même si elle est difficile, n’en reste pas moins incontournable et surtout prudente. Un billet d’avion est rapidement trouvé pour le surlendemain.

C’est quand même formidable ! Où que nous soyons sur la planète, on peut être de retour à la maison en à peine plus de 24 heures ! Quelle époque extraordinaire malgré tout !

Nous avons engagé beaucoup trop d’argent en transportant la moto ici pour en repartir aussitôt. Deuxième décision : Je vais aller au Ladakh tout seul. C’est le moment où jamais. Les conditions ne seront jamais plus réunies comme cela.

Nous verrons dans quelques semaines ce qu’il va advenir de la fin de notre voyage extraordinaire qui devait se terminer par la traversée de l’Afrique. Vous savez, la cerise sur le gâteau !

 

En attendant, Chris en embarquant dans l’avion a lancé un dernier « namasté » au Népal.

Nous ne manquerons pas de vous donner des nouvelles dés que possible. Vous avez dit aventure ?

 

Chris et Alain

www.motards-nomades.com

 

PS. : Namasté, expression népalaise qui sert à dire bonjour, au revoir, merci…

 

 


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