TOTAL VISITEURS


NOS PARTENAIRES
Contenu de la lettre d'information
Edition 2009-08-10 11:03:12
retour en enfer

Attention : Certains de mes commentaires concernant l’Inde et les indiens pourrons vous choquer. Je maintiens malgré tout mes propos, reflets et témoignages de ce que j’ai (et que nous avons) pu ressentir et vivre lors de notre précédent voyage ici en 2004 et au cours de celui-ci. A vous, si le cœur vous en dit, de venir vérifier et « d’apprécier » à votre guise. Chacun ses goûts !

Le voyage a changé de cadence. Après 14 mois à partager cette aventure, je me retrouve seul, et ce, dans les pays les plus difficiles qui soient. Chris est arrivée en France et moi, j’enchaine les kilomètres au rythme des routes plus où moins défoncées et du trafic anarchique, tout juste « régulé » par les coups de klaxon qui n’en finissent pas de résonner jusqu’au fin fond de mon système nerveux. Dans la journée je traverse pratiquement le Népal. Il ne reste qu’une soixantaine de kilomètres pour arriver à la dernière ville du pays avant la frontière, mais le soleil est en train de décliner et il ne serait pas prudent de rouler plus.
La région, s’y prête avec ses belles forêts qui s’étalent aux pieds des montagnes, il est temps de renouer avec les bivouacs. Depuis l’Australie, nous n’avions plus campé. L’occasion aussi de redécouvrir le calme et la tranquillité loin de la frénésie « humaine » qui règne dans cette partie du globe. S’endormir sous la voute étoilée au son du chant des grillons est plus agréable que mettre les bouchons dans les oreilles pour essayer de s’isoler du bruit qui règne perpétuellement dans les villes.
Par contre au matin, ce sont des cris étranges qui me réveillent. Je vais vite me rendre compte que j’ai dormi au milieu du territoire d’un groupe de singes qui justement, se baladent à proximité de mon campement. Une chance que je ne me sois pas fait piller mes affaires !
Au fin fond du Népal, il n’y a presque plus de circulation. Les camions se font rares et la route n’est plus encombrée que par d’immenses troupeaux de vaches ou chèvres et de motoculteurs ou autres chars à bœufs. Il ne doit pas y avoir beaucoup d’échanges entre ces deux pays voisins. Le poste frontière entre Népal et Inde est étrange. Formalités rapides côté Népalais, pour peu que le douanier trouve le registre qui nous intéresse et la route s’arrête net pour laisser la place à … pas grand-chose. Il faut trouver son chemin entre diverses pistes et des canaux d’irrigations.
De « l’autre côté » on commence fort. Le douanier qui me dit que mon carnet de passage en douane n’est pas valide en Inde, et le policier chargé de l’immigration qui m’annonce que mon visa est périmé. Bienvenue en Inde ! Faudrait peut être apprendre à lire… Bon, nous y voilà quand même. Reste juste à trouver les dépositaires des clefs des portails qui interdisent l’accès au barrage hydraulique sur lequel passe la route d’accès au pays. Ce qui confirme que les véhicules sont rares à passer par ici. A peine plus loin, il va falloir jongler avec une multitude de petites pistes et routes car le pont qui permet d’enjamber une rivière est hors service. Aucun panneau pour me venir en aide. Il faut demander à chaque intersection, à condition qu’il y est quelqu’un, et que lui même sache où il est (pas forcément évident !).
Au Népal, et en faisant référence à nos souvenirs de 2004, nous nous disions que c’était la même chose. Comme quoi on oublie beaucoup de choses. Le Népal à côté de l’Inde, c’est du gâteau ! N’en déplaise aux personnes qui pourraient arriver à aimer ce pays, me voilà bien au cœur de ce que je qualifie de « pustule de la planète ». Jamais au cours de ce voyage et des précédents, nous n’avons eu à faire à un pays aussi difficile. Comme nous l’avons souvent raconté aux uns et aux autres quand nous parlons voyage, ici, il faut survivre à tout. La pollution, la saleté, le bruit qui ne s’arrête jamais, cette surpopulation oppressante, la difficulté à se nourrir et à ce loger décemment, l’hygiène déplorable mais surtout et principalement, la difficulté à rester en vie sur la route. Ici, le respect de la vie d’autrui est une notion inconnue. La philosophie indienne disent certains… On pourrait en parler ! En attendant je me trouve comme plongé dans un jeu vidéo qui consiste à éviter tous les obstacles immobiles et tout ce qui roule ou marche sur la chaussée et autour. Jeux dont les règles sont pipées. Mes adversaires, au combien nombreux, disposent, par le biais de la réincarnation, de plusieurs vies. Moi, je n’en ai qu’une ! C’est une concentration extrême qui est nécessaire tout au long de la route. Epuisant d’autant que l’alimentation fait défaut et que les routes en plus, sont souvent dans un état pitoyable. A ce moment du voyage, il faut croire très fort que le Ladakh est vraiment une destination extraordinaire pour s’infliger de telles galères.
Il n’est pas rare, à la sortie d’un virage sans visibilité de se retrouver nez à nez avec deux (voire trois) camions qui roulent de front klaxons hurlants. La seule chose à faire à cet instant, c’est de sortir de la route (en espérant que le bas-côté le permette) pour sauver sa peau.
Les yeux rivés sur la route, difficile de regarder le paysage. Ça tombe bien, rien de beau pour le moment. Il y a du monde partout, des constructions anarchiques et laides à perte de vue, un panorama complètement défiguré, détruit par « l’homme » ! J’hésite à employer le mot « homme » dans ce pays où même les singes qui vivent le long de la route paraissent plus prudents et raisonnés.
Haridwar. Première étape en Inde. J’espérais y être assez tôt pour y faire quelques photos de la cérémonie du feu qui s’y déroule tous les soirs au bord du Gange qui jaillit ici des contreforts de l’Himalaya. En effet, Haridwar est une ville sainte.
Eh bien pas de chance. Si, en général, quand nous arrivons dans une ville, et que c’est jour de fête, nous en sommes que plus ravis. Cette fois c’est trop.
C’est samedi soir. Et il se trouve, que ce week-end, par le plus grand des hasards, se déroulent des cérémonies religieuses. Hors de question cette fois d’essayer de s’approcher. La foule est immense et impressionnante. La plupart des gens ont revêtu des habits de couleur orange et c’est la couleur qui domine quand, de sur un pont, je regarde vers la ville.
Mon principal problème, du coup, va être de me loger… Inutile d’espérer camper par ici. J’échoue dans un hôtel miteux dont l’Inde a le secret. Plus question de visite ou de quoi que ce soit. Seul problème subsistant: Se nourrir. Après, dormir afin de passer à autre chose au plus vite.
Le lendemain, encore une grosse étape par d’improbables routes dont on se demande toujours si ce sont bien celles là qui vont me mener à destination. Des plus isolées aux plus encombrées, je fini par arriver en fin d’après midi à Shimla. Mais pourquoi, encore une fois, l’orage n’attend-t- il pas que j’ai trouvé l’hôtel pour éclater ? Après une grosse journée de route, attendre sous un improbable abri que cela cesse, ne fait qu’amplifier la galère.
J’arrive enfin à Manali. Je pensais faire ici une halte d’au moins trente six heures afin de m’acclimater à l’altitude et diminuer plus loin le risque de mal des montagnes. Pas de chance, la ville n’est qu’à deux milles mètres. Pas assez. L’idéal serait trois milles cinq cent mètres.
Un gros morceau de ce voyage est devant la roue avant de la moto ce matin. 475 kilomètres de goudron défoncé qui alterne avec de la piste. Quatre cols, dont deux à plus de 5000 mètres d’altitude. J’en ai entendu tellement sur cette route, qu’il y a une grosse appréhension au départ. De plus, le ciel est d’un gris désespérant. Les nuages sont posés sur les montagnes et ne semble pas vouloir s’en séparer. La route, pas très large, ne perd pas de temps pour grimper en lacets serrés à flanc de montagne. Comme je le craignais, il y a beaucoup de camions surchargés qui essayent d’escalader la pente en crachant d’épais nuages noirs qui en se mélangeant à la poussière sont plus à même d’intoxiquer tous ceux qui suivent. Le plus étonnant, c’est le nombre de voitures particulières à emprunter cet itinéraire. Certaines ont des skis sur le toit. Ça promet ! Mille mètres plus haut, il pleut. Comme il y a des glissements de terrain qui alternent avec des travaux, ce sont des bouchons de centaines de mètres qui se forment et bloquent le passage.
Il y a beaucoup de motos aussi sur la route. La majorité est composée de Royal Enfield 350 ou 500 cc. Des motards du monde entier viennent en Inde et achètent ou louent ces véhicules d’un autre temps pour tenter de rejoindre Leh, la capitale du Ladakh, au cœur de l’Himalaya, en passant par la deuxième plus haute route du monde. Beaucoup d’indiens aussi, en groupe ou seuls. Du coup, tout au long des trois jours nécessaires pour couvrir la distance, on revoit toujours les mêmes personnes qui font des pauses, mangent et dorment aux mêmes endroits.
Les motos se faufilent entre les autres véhicules en roulant dans des ornières de boue profonde. Une chance d’arriver à passer. On n’aura pas à respirer les gaz d’échappement de tous ceux qui sont maintenant derrière !
Le premier col est franchit sous une pluie battante. Pas terrible pour les photos… Par contre, une grande partie des voitures s’arrêtent ici. Les gens viennent faire du ski sur les névés gelés qui recouvrent les pentes à proximité de la route. Je vais pouvoir rouler un peu mieux. Quelques contrôles où il faut présenter son passeport, des ponts qui semble vouloir se disloquer sous le poids des véhicules, certains qui n’en peuvent plus et obligent à des passages à gué plus où moins profonds et glissants, et la pluie, toujours. La boue de temps en temps. Des travaux, souvent. A ce sujet, ce sont des dizaines et des dizaines d’ouvriers qui travaillent le long de la route. Souvent leur tache ne consiste qu’à casser des pierres avec un marteau en se tenant accroupis de très longues heures.
Passage devant une petite station service. Un panneau indique : « Plus de carburant pendant 360 kilomètres ». Ne pas oublier de s’arrêter !
Etape au petit village de Kaylong.
Des personnages tout au long de la route. J’ai roulé un peu avec Paul aujourd’hui. Un physique de baba cool nordique, et pourtant il est italien de la région de Turin. Il a acheté sa 350 Royal Enfield au Népal et semble parti en pèlerinage en Inde. Dans le petit hôtel accroché à la paroi de la montagne la soirée se passe en discutions avec des cyclistes belges qui font un périple dans les vallées environnantes…
C’est la pluie qui me réveille encore. On nous avait pourtant dit que les premières montagnes arrêtaient les nuages de la mousson…
Cela va heureusement se vérifier après quelques kilomètres de route. Petit à petit le ciel bleu apparait ainsi que des montagnes couvertes de neige. Enfin, l’Himalaya se dévoile ! Ça tombe à pic, car il y a deux cols au programme aujourd’hui. Et le deuxième sera à plus de cinq milles mètres.
On va voir quelque chose cette fois. A tel point, que la moyenne s’en ressent aussitôt. Les arrêts photos se succèdent à une cadence proportionnelle à celle des kilomètres-heure en chute libre.
Aujourd’hui encore, rencontre. Maurice et Gérard. Deux frères en balade dans l’Himalaya sur des … Royal Enfield bien sûr. Vous l’avez compris, c’est la moto qui s’impose ici. Nous allons faire quelques pauses et kilomètres ensemble. Juste assez pour se délecter du conflit qui les oppose. L’un, passionné de montagne et habitué de la région aimerait rouler tôt le matin. L’autre, dormeur, style marmotte endurcie. Le conflit se réveille à l’occasion de chaque halte. Amusant !
Il y avait quelques temps que nous n’avions pas rencontré de français à vélo. Voilà qui est réparé. Si lui à l’air encore saint d’esprit, elle, doit souffrir d’un mal des montagnes aigu depuis un certain temps déjà. Inconscience ou courage, je ne sais plus que penser en la voyant pédaler allongée à quelques petits centimètres au dessus de la piste sur une sorte de tricycle qui a le plus grand mal à absorber les aspérités rencontrées par les roues. Juste le temps de faire connaissance et il faut continuer. La route est encore longue pour rejoindre Pang, le point sur la carte où nous devons dormir ce soir. Vallées, précipices, paysages féériques, route ou piste qui serpente au travers de ces panoramas de fin du monde, tous les voyageurs en prennent plein les yeux. Même trop à la fois. Difficile d’assimiler autant d’un coup. Quel contraste avec le début du parcours indien ! La route est difficile et le temps passe vite. Les derniers kilomètres sont pénibles. L’ultime vallée dont les parois sont hérissées de « cheminées » d’une couleur chocolat alors que la lumière devient rasante parait ne jamais finir. Et puis, au détour d’un virage, quelques tentes plantées sur un replat à proximité d’un camp militaire. Pang. 4505 mètres d’altitude. La solution d’hébergement, une paillasse sous une des tentes. Pour ma part, j’aime autant dormir chez moi. Dans ma tente en l’occurrence. Difficile de trouver un endroit où la planter. Sans exagération, on se croirait un peu au milieu d’une décharge ici… A cette altitude, il est vraiment désolant d’être enveloppé en permanence d’une pollution récurrente. Entre les ordures, les gaz d’échappement des cars et camions et l’altitude, difficile de respirer. J’ai l’impression de n’avoir plus que deux de tension, d’avancer au ralenti. Il me faut une bonne heure pour m’installer. Pas facile la vie à la montagne !
Au petit matin, il s’avère que personne n’a bien dormi. Qui a eu froid toute la nuit, qui ne se sentait pas bien ou avait du mal à respirer…
Et pourtant, il faut y aller ! C’est aujourd’hui que tout le monde doit franchir ce col à 5346 mètres. Ici aussi, à peine parti nous montons. Le départ n’a pas été facile ce matin. Il a fallut démarrer la moto à la pente. C’est la première fois que cela arrive. Espérons que ce ne soit qu’un caprice passager. Une fois le moteur chaud, j’oublie complètement cet incident. Après avoir très vite pris encore plus de hauteur, c’est une immense et large vallée qu’il nous faut parcourir avant de monter encore. Au loin, un troupeau de yaks broute paisiblement l’herbe rase. La dernière montée commence. Très vite, notre élan est coupé. Il y a eu un glissement de terrain et des engins sont à l’œuvre pour rétablir la circulation. Un panneau indique, la plus haute route du monde. C’est maintenant faux. Il y a plus haut à quelques kilomètres de Leh. Et l’ascension se poursuit. On croirait monter tout droit vers le ciel d’un bleu intense. Sur le versant en face, le col est là. A portée des roues. 5000 mètres. 5100. 5150. 5200. Sur l’écran du GPS l’altitude augmente doucement. 5231 mètres. Sans prévenir, le moteur s’arrête. ???!!!
Eh la, c’est quoi cette histoire ? Ce n’était pas dans le scénario cette scène…
Impossible de redémarrer. Je fais un demi-tour en espérant bien que tout rentre dans l’ordre et en faisant vite pour ne pas me faire dépasser par les camions du convoi militaire qui arrive. La moto redémarre et s’arrête à nouveau à 5231 mètres.
Il semble qu’une séance de mécanique s’impose. Avec toute cette poussière, le filtre à air a dû se colmater. Tout simplement. Le temps de l’enlever pour voir si le moteur respire mieux sans lui, et je dois me résigner à accepter que rien n’y fera. Je suis bel et bien en panne dans une des régions les plus isolée du Monde.
Il n’y a plus qu’à espérer que je puisse vous envoyer ce message, comme dans une bouteille à la mer…

 

A bientĂ´t !

 
 

Alain

 

www.motards-nomades.com

 
 

Dernière et bonne nouvelle: Chris va très bien et est prête pour continuer le voyage en Afrique. Qu’en sera-t-il de la moto ?


Réalisé par Communicator 2.0.2