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Edition 2010-03-07 14:10:59
déjà fini?!

Le bateau a pris beaucoup de retard au départ de Nuweiba et il fait nuit noire quand nous débarquons en Jordanie, à Aqaba.
Ce n’est pas un problème, nous savons oĂą se trouvent les campings au Sud de la ville. Les formalitĂ©s accomplies, nous roulons vers la frontière de l’Arabie Saoudite, mais nous ne reconnaissons plus rien. Un gigantesque complexe industriel a pris place le long de la cĂ´te. Plus de camping, plus de plage. Des usines, des jetĂ©es oĂą sont amarrĂ©s cargos et pĂ©troliers. Le parc national qui protĂ©geait les rĂ©cifs de corail sur ces quelques kilomètres de cĂ´te jordanienne de la mer Rouge n’a pas fait le poids face aux sources des profits industriels… Il nous faut renoncer au camping ce soir et aller en ville pour y trouver une chambre d’hĂ´tel. Il est bien trop tard pour rouler…
Nous sommes sur la route du retour et nous n’allons nous accorder que quelques arrêts aux principaux sites que nous avions préférés lors de notre précédent voyage ici. Et s’il y a un site à ne pas manquer, c’est bien la cité troglodytique de Pétra, malgré la proximité du Wadi Rum qui nous tend ses rocs et ses dunes, juste là, à quelques kilomètres de la route.
Un chamboulement de roches formées de sable fossilisé au travers desquelles se faufile un étroit, sinueux et profond canyon, accès principal à cette cité oubliée pendant des siècles.
Après un kilomètre de marche, le TrĂ©sor (nom du monument principal de PĂ©tra) apparait progressivement. Il faut entrer dans la petite vallĂ©e perpendiculaire au « Siq Â» pour contempler le monument taillĂ© et sculptĂ© dans la roche tendre aux couleurs chaudes. Beaucoup de monde bien sĂ»r pour contempler ces joyaux, vestiges des nabatĂ©ens qui vivaient ici au VIème siècle avant JĂ©sus Christ. Le TrĂ©sor n’est que la pièce principale de la citĂ©. De nombreuses tombes monumentales se succèdent sur les parois de la vallĂ©e. Il ne faut pas oublier de grimper une petite heure pour aller voir le monastère qui rivalise en beautĂ© avec le TrĂ©sor. La balade au sanctuaire, elle, offre une vue plongeante sur le site. Il ne faut pas manquer (mais ils sautent aux yeux) les apports construits par les romains. Bref, de quoi s’en mettre plein les yeux (et les jambes) pendant une paire de jours. En temps normal. Cette fois, comme vous le savez, il nous faut rouler.
En prenant un peu d’altitude, nous découvrons avec surprise des collines zébrées de névés de neige alors que la route est bordée d’arbres en fleur.
Passage sous les murs Ă©pais du château d’Al Karak construit Ă  l’époque des croisades, avant de plonger dans la plus grande dĂ©pression que l’on puisse trouver sur la planète. Le dĂ©but (ou la fin, çà dĂ©pend) de la vallĂ©e du Rift avec au fond, sous une Ă©paisse couche de brume, la fameuse mer Morte dont la surface se trouve Ă  moins 417 mètres sous le niveau de la mer. Des autres mers… DensitĂ© de sel exceptionnelle due Ă  la forte Ă©vaporation de l’eau que le Jourdain n’arrive plus Ă  compenser. Il faut dire que les cultures le long des rives du « fleuve Â» demandent des quantitĂ©s d’eau importantes. Mais le rĂ©sultat est lĂ  : Tout au long de la route, entre les « check-points Â» qui jalonnent la vallĂ©e du mĂŞme Jourdain, des Ă©talages ininterrompus de fruits et lĂ©gumes magnifiques qui nous font monter une envie de ratatouille. Il faudra attendre encore un peu. Notre rĂ©chaud et notre gamelle, pas plus que les circonstances ne se prĂŞtent Ă  (bien) cuisiner… Ici, c’est le printemps. Beaucoup de fleurs, avec, entre autres, les orangers qui embaument toute la vallĂ©e de leurs douces odeurs.
Sans prendre beaucoup d’altitude, nous « montons Â» en latitude. Et comme si la frontière y Ă©tait pour quelque chose, c’est en Syrie que nous allons rencontrer l’hiver. Depuis le dĂ©but de notre voyage, c’est bien la première fois que nous rencontrons cette saison… Et la rencontre est violente. Après une traversĂ©e de Damas, hĂ©las on ne peut plus rapide, nous espĂ©rions repasser par Palmyre, cĂ©lèbre Ă©tape sur la route de la soie. Les conditions mĂ©tĂ©o vont nous dissuader de faire ce dĂ©tour. Et puis, nous avons rendez vous avec un motard syrien Ă  Alep.
Alep où nous avons bien cru ne jamais arriver tellement le vent était violent, chargé de sable et de pluie. Nous avons bien eu l’idée de nous arrêter à plusieurs reprises tellement le risque d’avoir un accident était grand.
Abdo nous attend, debout Ă  cĂ´tĂ© de sa voiture qui arbore Ă  l’arrière, l’autocollant de la Mutuelle des Motards, placĂ© Ă  cĂ´tĂ© du « F Â» français.
Il faut dire qu’il à deux nationalités notre motard toubib.
Toubib, çà ne peux pas mieux tomber. Chris est épuisée. Fièvre, nausées… Nous craignons une crise de paludisme ou une autre saleté du même acabit. Notre séjour à Alep, du coup, va prendre une tournure inattendue. Abdo va infliger à Chris un traitement de cheval pour essayer de la remettre sur pieds. Mais même si après deux jours de repos elle va un peu mieux, il ne serait pas prudent d’aller affronter le froid qui sévit au centre de la Turquie et en Europe dans ces conditions de santé précaire. Ce n’est pas facile, mais la décision d’un retour en avion parait plus sage. Encore un coup imprévu au budget qui s’ajoute à la contrariété de ne pas retourner à la maison ensemble, même si ce n’est plus qu’une question de quelques jours et de quelques kilomètres.
Du coup, nous n’avons que peu de temps pour parler avec Abdo de la passion que nous partageons. Celui-ci roule quand il le peut (pas facile de rouler dans en Syrie, beaucoup d’interdictions, notamment en ville), avec une TDR 250 Yamaha qui convient aux petites routes « viroleuses Â» du Nord du pays. A peine le temps pour lui de nous dĂ©crire un peu la vie syrienne, que nous devons dĂ©jĂ  le quitter avec beaucoup de regrets. Le temps passe si vite… Les rencontres, tout au long de ces vingt mois auront Ă©tĂ©  les meilleurs moments de ce formidable voyage et restent d’extraordinaires souvenirs qui ne nous donnent qu’un espoir: Rencontrer Ă  nouveau tous ces gens des quatre coins du monde.
Chris a pris l’avion très tĂ´t ce matin, je quitte trop vite la Syrie pour aller affronter l’hiver en Turquie. Une nouvelle frontière passĂ©e, voilĂ  la MĂ©diterranĂ©e qui surgit au passage d’un col. Pas très loin, les sommets sont blancs et contrastent avec le bleu intense de la mer. Sommets qu’il va falloir « franchir Â» pour traverser ensuite le plateau de l’Anatolie centrale. Le froid devient intense. Je profite d’un arrĂŞt ravitaillement en carburant pour remettre la doublure de la veste et enfiler tous les vĂŞtements Ă  disposition. Il a dĂ» se tromper en m’annonçant le prix du plein ?! Eh non ! C’est bien le prix qu’affiche la pompe. Exorbitant ! Ce sera le pays de notre voyage oĂą le carburant est le plus cher. Comme pour adoucir la note (rien Ă  voir, il s’agit bien lĂ , d’hospitalitĂ©), Ă  chaque arrĂŞt dans une station, un employĂ© se prĂ©cipite pour vous servir, un autre accourt pour vous offrir un verre de thĂ©. Les charmes de l’Orient…
Il fait donc froid, mais en contrepartie, je suis au milieu de paysages somptueux avec ces pairies hérissées de peupliers ivoirins et bordées de montagnes blanches sous un ciel bleu foncé. Le soleil couchant ne fait que rajouter de l’ampleur au panorama.
Une nuit suffit à ternir les images d’hier. Ce matin, je longe un lac que les nuages gris recouvrent. Les peupliers, hier blanc, paraissent aujourd’hui fantomatiques. Il fait froid et voilà la pluie qui s’en mêle…
Comme quoi, en douze heures d’écart, on peut avoir deux visions complètement opposées du même paysage. Question de circonstances…
La route, à deux fois deux voies permet de traverser la Turquie dans les meilleures conditions. Il est agréable à l’approche de la mer de Marmara de redescendre au niveau de la mer. Il y a quelques kilomètres, au passage d’un col à 1580 mètres, la neige commençait à tomber. Drue.
Byzance, Constantinople, Istanbul. Je rentre dans cette ville historique engluée dans un flot de véhicules avec lesquels je vais franchir le Bosphore par un des ponts qui relient l’Asie à l’Europe. Porte de l’Orient, ce passage est pour moi la porte du retour en Europe.
Bien entendu, je ne suis pas arrivĂ© par le bon pont. Cela m’oblige Ă  traverser une bonne partie de la ville pour arriver Ă  son cĹ“ur historique et y trouver un hĂ©bergement. Pas facile ! Oh les prix ! Et juste pour dormir… Va falloir faire avec, car, depuis Windhoek, en Namibie, la moto n’a plus eu d’entretien sĂ©rieux, et mĂŞme si nous touchons au but, il serait dommage de subir une panne pour cause de nĂ©gligence. C’est donc la concession locale qui fait l’objet de ma première visite Ă  Istanbul. Pas très culturel comme visite… Encore que. Cela permet de vĂ©rifier encore, si besoin en Ă©tait, de l’extraordinaire gentillesse des turcs et de leur efficacitĂ©. Je n’ai plus qu’à m’accorder demain, un jour de balade, pour peu que le soleil veuille bien percer cette Ă©paisse couche de nuage afin de redonner le brillant qui caractĂ©rise cette ville unique.
Mosquée Bleue, mosquée Sainte Sophie devenue un musée, palais de Topkapi qui renferme des trésors considérables, grand bazar, véritable labyrinthe où il est si bon de se perdre, la Corne d’Or, la tour de Galata et le pont du même nom avec tous ces pêcheurs qui en occupent chaque mètre…
Quartiers de commerçants regroupĂ©s par corporation comme celui des marchands d’outillage qui a ma prĂ©fĂ©rence, restaurateurs qui exposent dans les vitrines des restaurants leurs meilleurs plats de lĂ©gumes farcis, les vendeurs ambulants (marrons grillĂ©s, thĂ©, condiments, Ă©pis de maĂŻs grillĂ©s ou bouillis et j’en oublie…), bateaux amarrĂ©s au quai oĂą l’on vous prĂ©pare des sandwiches au poisson, les files de taxis Ă  la peinture jaune, le balais incessant des bateaux-bus qui parcourent sans arrĂŞt chaque espace navigable, les cargos qui s’engagent dans le Bosphore et font penser Ă  des immeubles s’étant dĂ©tachĂ©s de la ville tels des icebergs ayant quittĂ© la banquise… Ambiance exceptionnelle d’une ville elle-mĂŞme exceptionnelle et, oh combien attachante !
La pluie m’accompagne pour quitter la Turquie. A croire que nous sommes devenus insĂ©parables !
Formalités rapides, passage du pont qui enjambe la rivière marquant la frontière entre Turquie et Grèce sur lequel, depuis des décennies des soldats armés des deux pays se regardent vingt quatre heures sur vingt quatre.
Cette fois, c’est administrativement que je rentre en Europe. Pas même un panneau pour immortaliser l’instant.
Face Ă  moi, devant la moto, trois voies de bitume neuf surmontĂ©es d’un grand panneau oĂą « Igoumenitsa Â» est inscrit en lettres blanches sur fond vert. L’autre cĂ´tĂ© de la Grèce, c’est tout droit. Il n’y a qu’à rouler. Cette autoroute Ă©tait en construction lors de notre dernière visite en Grèce. Il est maintenant facile de traverser le pays en quelques heures. Dommage, ils ont oubliĂ© de construire les aires de services, ce qui oblige Ă  quitter l’autoroute pour faire le plein de carburant ou aller manger. Ils ont oubliĂ© autre chose. Mais cette fois, on s’en rĂ©jouit. Les pĂ©ages. Bon, il faut en profiter vite, ils s’en sont rendu compte.
J’ai bien roulĂ© hier, et le port sur la mer Adriatique n’est pas mĂŞme Ă  deux cent kilomètres. Il fait soleil et doux. La petite ville de Kalambaka avec son fabuleux site des MĂ©tĂ©ores n’est qu’à 70 kilomètres. Bonne occasion pour y retourner. Bonne occasion aussi de se faire plaisir Ă  conduire la moto. Une route large, remplie de virages, avec par moment des trous, des bosses, du gravillon, des glissières mĂ©talliques que les ronces envahissent, des arbres en fleur qui la bordent, des montagnes blanches Ă  l’horizon, une vraie route quoi ! Les flancs des pneus vont enfin travailler un peu. Et puis la moto marche tellement bien… Les mĂ©caniciens istanbuliotes ont fait fort !
Avant la pluie, le soleil. Il faut se presser pour apprécier ce paysage constellé de pitons rocheux dont certains sont surmontés de monastères.
Il y en a eu jusqu’à 26 ! Il n’en reste plus que 6, qui bien qu’occupĂ©s par des moines ou moniales peuvent se visiter. Non ! Pas celui des moniales ! DĂ©solĂ© (message personnel autant qu’exceptionnel Ă  Ludo et Patrick qui se reconnaitrons facilement)!
L’autoroute traverse des chaines de petites montagnes qui retiennent de gros nuages noirs en plus d’êtres couvertes de neige. Il pleut un peu de tous les côtés. Heureusement, les tunnels sont nombreux et en plus de protéger des chutes d’eau nous font passer d’une vallée à l’autre avec à chaque fois l’espoir de voir apparaitre, à la sortie, le soleil.
C’est la mer qui fini par surgir au bout du long ruban de bitume qui plonge directement dans le port qui longe toute la ville. Dix minutes suffisent à se procurer un billet pour prendre place ce soir, à bord du ferry rapide qui relie Igoumenitsa à Ancône en Italie, le temps d’une nuit de sommeil.
Mais pour dormir, il n’aurait pas fallut partager la cabine avec Paolo, le chauffeur italien qui ronfle plus que son Mercedes Actros auquel on aurait ôté le silencieux d’échappement…
Sisteron. 1000 kilomètres. Le compte à rebours est bien enclenché. Immuable. Le temps d’une grosse journée de route, d’une dernière pluie, d’un peu de neige et de vent glacial, et le rêve s’achève ce lundi matin à 0h45.
 
Après un peu plus de vingt mois, 128000 Kilomètres de routes les plus diverses autour de notre planète, l’aventure de notre vie est en train de s’achever pour être rangée au rayon des plus beaux rêves réalisés.
Il y a des tas de choses que nous avions prévu de faire, d’aller voir et que nous n’avons ni faites ni vues.
Il y a des tas de choses que nous n’avions pas prévu de faire, d’aller voir, et que nous avons faites ou vues.
Nous avions rendez-vous avec des gens « aux quatre coins de la planète Â» sans savoir ni oĂą ni quand. Nous avons fait des rencontres extraordinaires.
Le voyage est ainsi, avec ses imprĂ©vus, ses contraintes, ses bons et ses mauvais moments. Souvent, ce n’est pas nous qui dĂ©cidons, mais le voyage qui dĂ©cide pour nous. Mais, n’est-ce pas cela encore que l’aventure ?
Bon, au fait, quand est-ce que nous repartons ?
J’irai bien faire un tour de moto moi.
Un tour… un tour du monde ?
 
Chris et Alain
 
 
Cette « newsletter Â» est la dernière que vous recevez. Tout a une fin, mĂŞme les meilleures choses comme ces vingt mois de vie extraordinaire.
Pendant ce voyage, nous avons essayĂ©, grâce Ă  notre site internet, de vous faire partager notre aventure. Cela n’a pas Ă©tĂ© facile, a demandĂ© beaucoup de travail et de temps dans des conditions aussi diverses qu’incongrues et souvent au dĂ©triment de notre temps de sommeil. Il y a eu aussi les difficultĂ©s de connexion rĂ©currentes, mais nous avons essayĂ© de faire au mieux pour vous retranscrire ce que nous vivions. Nous n’avons pas la prĂ©tention de dire « c’est comme çà Â», c’est simplement ce que nous avons vĂ©cu, racontĂ© avec nos mots simples et spontanĂ©s, nos sentiments et sans aucune ambition d’écriture.
Nous espĂ©rons naturellement avoir rĂ©ussi Ă  vous faire vivre un peu de notre aventure, Ă  vous avoir offert un peu d’évasion et surtout, Ă  vous avoir incitĂ© Ă  partir Ă  votre tour.
Quoi qu’il en soit, cela a été avant tout un plaisir. Le plaisir simple de partager des moments intenses.
A vous de nous raconter !
AmitiĂ©s Ă  tous !
 
 
     

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